« Que peut-on faire tous ensemble pour changer la vie ? »

Après une année 2020 qui a chamboulé nos vies et fortement touché l’économie locale, notre agglomération doit définir quelles sont ses priorités pour construire le monde de demain. Que peut-on faire tous ensemble pour changer la vie ? Telle est la question à laquelle habitants, élus et associations sont conviés à répondre en 2021 grâce à une vaste consultation citoyenne. Patrice Vergriete, président de la CUD, présente les enjeux de ce dispositif innovant, porté par un territoire à l’avant-garde.

Patrice Vergriete, quel regard portez-vous sur cette année 2020 qui a évidemment été marquée par la crise sanitaire de la COVID-19, qui affecte le monde en général et le Dunkerquois en particulier  ? 

« Je voudrais tout d’abord avoir une pensée pour celles et ceux qui ont perdu un proche touché par la COVID-19 mais aussi pour celles et ceux qui voient leur activité professionnelle lourdement frappée par cette crise sanitaire sans précédent. Cette crise a chamboulé nos vies, bouleversé nos relations avec nos proches et mis à rude épreuve notre économie locale. 

Elle a aussi révélé combien la solidarité était toujours une valeur forte de notre territoire.Je pense en particulier à la solidarité qui s’est exercée entre les communes de notre agglomération. Cette solidarité a permis une forte mobilisation pour doter les professionnels de santé de matériel de protection lorsqu’il en manquait, pour lancer la confection des masques et mettre en œuvre un grand plan de soutien à l’économie locale, dont le tout premier dispositif d’urgence a bénéficié à plus de 500 entreprises du territoire.

Je voudrais également saluer l’engagement et la réactivité des agents du service public (DK’Bus, CUD, communes, personnels soignants, aidants à domicile, auxiliaires de vie dans les EHPAD, etc.), que je remercie chaleureusement. 

Lors de cette crise, nous avons également su, grâce à la consultation numérique « Vivre ensemble après », garder le lien avec les habitants du Dunkerquois, discuter ensemble, nous rassembler. L’esprit d’unité locale a permis la mise en œuvre de mesures proportionnées, adaptées et efficaces. Mais cette crise sanitaire a aussi révélé nos fragilités et nous a fait réfléchir à ce que devraient être nos priorités. La santé, les relations humaines, la sauvegarde de la planète, la résilience, l’avenir des jeunes sont par exemple des sujets qui reviennent souvent. Nous sommes aujourd’hui à un moment charnière qui doit nous inciter à repenser nos choix collectifs pour bâtir l’agglomération de demain. » 

C’est tout le sens de la nouvelle démarche de démocratie locale baptisée « Changer la vie, ensemble », que vous lancez pour réfléchir à l’avenir de notre agglomération  ? 

« Tout à fait. Il est important de poursuivre le travail de réflexion mené au cours du printemps à travers la consultation numérique « Vivre ensemble après ». Aujourd’hui, nous devons aller plus loin et nous interroger sur le monde qu’on veut laisser à nos enfants, sur ce qu’on peut faire tous ensemble pour changer la vie, pour changer nos vies. 

Tout d’abord, quels comportements voulons-nous changer dans notre quotidien  ? Sommes-nous prêts à adopter d’autres modes de vie  ? Plus respectueux de la santé de tous et de l’environnement  ? Plus solidaires  ? Ensuite, quelles politiques publiques voulons-nous mettre en place  ? Avec quelles priorités  ? 

Sur ces questions essentielles, nous devons engager un dialogue constructif, rassemblant au maximum  : les associations, les habitants mais aussi les acteurs économiques, sociaux et politiques du territoire. Il nous faut échanger pour nous comprendre, pour accepter les différences et, au final, garder cet esprit d’unité qui fait la force de notre territoire. » 

Et selon vous, quelle caractéristique l’agglomération doit-elle acquérir ou développer dans les années à venir  ? 

« Être une agglomération à l’avant-garde, exemplaire en matière d’action publique, pour inventer dès à présent la ville de demain. Et nous nous y employons au quotidien, à travers de nombreux projets. 

Prenez par exemple les travaux menés à Dunkerque sur la nouvelle digue des Alliés, totalement piétonnisée et récemment protégée par un nouveau massif dunaire. Nous avons réussi à faire d’un ouvrage qui vise à lutter contre la submersion marine, un élément d’attractivité qui concourt à notre développement économique.

Un autre exemple est notre nouveau réseau de bus gratuit, qui a permis d’attirer les regards sur notre territoire. C’est une innovation dont on peut être fier, qui réconcilie pouvoir d’achat, environnement et lutte contre l’exclusion sociale. 

Notre ambition est d’en prolonger la philosophie en l’étendant à d’autres domaines. Le vélo tout d’abord, avec l’annonce d’un plan pour en favoriser l’usage prévu dès le premier trimestre  ; les déchets ensuite, avec une nouvelle organisation de la collecte et la mise en place de services qui permettront de mieux trier et de réduire le contenu de nos poubelles  ; l’isolation des logements également, avec un accompagnement sur mesure qui vous permettra de diminuer votre facture de chauffage  ; l’eau enfin, avec une amélioration de la qualité de l’eau du robinet et la mise en place de facilités pour récupérer l’eau de pluie, et ainsi diminuer vos dépenses. Toutes ces mesures constituent le programme « Eco-Gagnant », un programme à la fois bon pour la planète et bon pour le porte-monnaie  ! 

Être à l’avant-garde, c’est aussi augmenter la part d’aliments « bio local » dans nos cantines, ce qui permet d’offrir un revenu décent à nos agriculteurs tout en garantissant à nos enfants de profiter d’une alimentation saine. Être à l’avant-garde, c’est moderniser notre complexe industrialo-portuaire. Nous sommes le seul territoire des Hauts-de- France lauréat de l’appel à projet national « Territoire d’Innovation » et nous allons investir, ces prochaines années, 300 millions d’euros pour soutenir l’innovation industrielle et l’emploi, améliorer la qualité de l’air et lutter contre le changement climatique. 
Vous l’aurez compris, après un premier mandat qui a permis à notre agglomération de reprendre sa marche en avant, nous voulons inscrire notre territoire dans l’avenir. » 

Justement, dans quel état de « santé économique » se trouve notre agglomération aujourd’hui  ? 

« En ce début d’année 2021, nous pouvons garder foi en l’avenir, car le territoire dunkerquois était sur une bonne dynamique juste avant la crise. Certes, nous avons énormément souffert en 2020. Mais il y a eu aussi quelques bonnes nouvelles  : par exemple la création d’un « digital lab » par ArcelorMittal, l’annonce de nouvelles implantations industrielles, l’ouverture de deux écoles d’ingénieurs ou encore la mise en place d’une ligne de fret maritime vers le port irlandais de Rosslare par la compagnie DFDS.

Je pense que, dès la sortie de crise, nous serons opérationnels, prêts à rebondir, avec de vraies perspectives de développement. » 

Quelle image, à titre personnel, garderez-vous de cette année 2020  ? 

« L’image qui m’a le plus touché est sans conteste celle d’un sans-domicile fixe qui a été sorti de la rue grâce au réseau de la Fondation du Dunkerquois solidaire. Sollicitée par la famille de Thomas Ruyant (le skipper dunkerquois est engagé dans le Vendée Globe sous la bannière de LinkedOut, qui valorise les parcours professionnels de personnes très précaires), la Fondation a en effet mis en contact cette personne en très grande précarité avec Clinitex, une entreprise membre du réseau et dont l’activité est le nettoyage de locaux collectifs. Le résultat  : un CDI de 35 h à la clé  ! Ce sentiment d’avoir pu contribuer à la mise en œuvre de politiques publiques qui changent concrètement la vie des personnes, ça a du sens pour moi  : c’est au cœur de mon engagement. » 

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