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Saint-Pol, compagnon d’armes de Jean-Bart

Photo : Le seul portrait connu de Marc-Antoine de Saint-Pol Hécourt.

1693 : capitaine de vaisseau à Dunkerque
1702 : successeur de Jean Bart
1705 : mort au combat
1877 : création de la commune de Saint-Pol
2005-2006 : tricentenaire du décés du chevalier

 

Ne le cherchez pas dans le répertoire des évangélisateurs canonisés ou dans un dictionnaire des personnalités politiques. Regardez plutôt du côté des marins. Ça y est, vous y êtes, mais vous ne savez toujours pas pourquoi Marc-Antoine de Saint-Pol Hécourt a donné son nom à l’honorable commune de Saint-Pol-sur-Mer. Le chevalier de Saint-Pol est né en 1665. Il est le benjamin d’une famille noble, originaire de Bretagne. Son lieu de naissance est inconnu des historiens mais il est hautement probable qu’il vit le jour dans la paroisse de la Briche, aujourd’hui commune de Souzy-la-Briche (Essonne).

 

 

D’abord en Méditerranée

Son père était capitaine au régiment de Piémont mais le jeune Marc-Antoine rêve de plus grands horizons. À 15 ans, il s’engage dans la marine et rejoint le corps des galères avec le grade de sous-lieutenant, eu égard à son titre nobiliaire. Les théâtres d’opérations de la Méditerranée l’attendent. C’est à bord de la galère la Syrène qu’il participe à ses premiers combats contre les « états barbaresques », ces pays d’Afrique du Nord et de Turquie dont les pirates se livrent à des razzias le long des côtes espagnoles, françaises et italiennes. Il participe aux bombardements d’Alger de 1682 et 1683 puis le 26 octobre 1683 à l’expédition punitive contre la république de Gênes qui avait fourni des galères à l’Espagne, pays en guerre contre la France. Nommé lieutenant le 1er janvier 1685 et affecté sur la galère le Magnifique, il combat au sein de l’escadre qui bombarde Tripoli (23-28 juin 1685). Lors de ces opérations en Afrique du Nord, des centaines d’esclaves chrétiens sont libérés.

 

Muté à Dunkerque

Le 1er janvier 1691, Saint-Pol passe au service des vaisseaux et rejoint l’escadre française, commandée par Tourville qui, en 1692, en rade de La Hougue, est surprise et détruite par la flotte anglo-hollandaise. Nommé capitaine de vaisseau en janvier 1693, il est affecté à Dunkerque pour servir sous les ordres de Jean Bart. Il reçoit alors le commandement du Mignon, une frégate de 44 canons. Bien qu’ayant essentiellement navigué en Méditerranée, Saint-Pol s’adapte rapidement à la guerre de course dans les eaux tourmentées de la mer du Nord. Il se distingue d’abord en juin 1694 au large de l’île du Texel, aux côtés de Jean Bart, où il s’empare, après deux abordages du Stad-en-land, un bâtiment hollandais de 50 canons. Il se fait également remarquer en défendant Dunkerque dont le port est attaqué à deux reprises par la flotte anglaise en 1694 et 1695. Lors de chaque croisière, Saint-Pol prend une part déterminante aux combats de l’escadre engagés par Jean Bart contre la flotte hollandaise qui escorte les navires marchands.

 

Successeur de Jean Bart

Le 13 avril 1702, Jean Bart, atteint d’une forte fièvre, lui délègue son commandement et décède quelques jours plus tard. Saint-Pol est alors le plus ancien des capitaines de vaisseaux dunkerquois. Ses mérites lui ont assuré une carrière rapide mais, à 37 ans, il est encore trop jeune pour diriger l’escadre du Nord et Louis XIV désigne à ce poste le baron de Pointis qui s’était illustré dans la prise et la capitulation de Carthagène des Indes 1697. Cette nomination royale n’est pas des plus heureuses car de Pointis ignore les subtilités de la lutte contre les Hollandais et se révèle particulièrement inactif. En novembre 1702, il est renvoyé en Méditerranée et Saint-Pol le remplace. Ce n’est que justice.

 

« Le Roy est satisfait… »

Le 28 janvier 1703, Saint-Pol qui commande l’Adroit s’empare de deux navires anglais dont la frégate Ludlow, après un combat d’une rare violence. Pour ce fait d’armes, Louis XIV le fait chevalier de Saint-Louis. En avril, il capture le Salisbury (52 canons), l’un des meilleurs voiliers anglais dont les plans sont immédiatement adressés aux maîtres constructeurs des arsenaux français pour servir de modèle. Saint-Pol en fait son « navire-amiral ». Au fil des campagnes, les prises s’accumulent, générant d’immenses profits. « Le Roy est satisfait de [sa] navigation ». N’a-t-il pas détruit une grande partie de la flotte de pêche hollandaise et sérieusement entravé le commerce des ennemis ? Son énergie est redoutable, identique à celle dont a fait preuve Jean Bart.

 

Une mort héroïque

Le 31 octobre 1705, Saint-Pol découvre sur le Dogger Bank un convoi de 15 navires marchands venant de la Baltique, escortés par trois vaisseaux de guerre anglais. Tandis que le fils de Jean Bart, Cornil, s’empare de deux navires marchands, Saint-Pol et son Salisbury se lancent à l’abordage du Pendenis. C’est au cours de cet engagement qu’il reçoit une décharge mortelle de mousquet en pleine poitrine. Le 3 novembre, l’escadre dunkerquoise rentre au port avec ses prises, ses 900 prisonniers et la dépouille du chevalier. Le 6, il est inhumé en l’église Saint-Eloi dans l’un des caveaux de la chapelle Saint-Georges. Cinquante ans plus tard, le vice-amiral Cornil Bart le rejoint dans cette ultime demeure.

 

La mémoire de Saint-Pol

Au début du XVIIIe siècle, un cabaret à l’enseigne  « Au Grand [ou Brave] Saint-Pol » ouvre ses portes, à l’ouest de Dunkerque, dans le modeste hameau du « Tornegat » (trou aux ronces). Très vite, sa clientèle prend l’habitude de dire qu’elle se rend « à Saint-Pol ». L’appellation s’impose alors dans le langage populaire jusqu’à être choisie pour dénommer la nouvelle commune, issue de celle de Petite-Synthe, créée par décret le 29 septembre 1877.

Patrick Oddone

Gravelines Port Royal, est implanté dans une ancienne poudrière de l’Arsenal de Gravelines. Les visiteurs peuvent y découvrir un prototype du « Jean Bart » de 3,80 m de long, ainsi qu’une exposition permanente mettant en scène les Corsaires et la Marine de Louis XIV.

www.dunkerque-tourisme.fr

Les armes de la famille de Saint-Pol, « d’argent au sautoir dentelé de sable ».
Le dernier combat du chevalier de Saint-Pol (1705). Galerie de Versailles. Archives municipales. Ville de Gravelines.

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