
1067 : Dunkerque apparaît officiellement dans l’Histoire
1325 : Date présumée de la construction du château de Robert de Cassel
1406 : élévation des fortifications bourguignonnes
1910 : quelques découvertes sur le site de l’ancien hôpital Saint-Julien
1992 : la rue Saint-Gilles est sondée
2010 : les recherches progressent
C’est parti ! La phase initiale du titanesque projet d’aménagement du cœur d’agglomération a débuté par les sondages, réalisés par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP). Il est prévu que les diagnostics se déroulent en cinq étapes sur l’ensemble de la place du Général-de-Gaulle ainsi que sur une partie de la rue Royer.
Les premiers résultats des explorations entreprises en avril et en mai viennent d’être rendus publics, confirmant déjà les thèses des historiens. Elles mettent en valeur plusieurs pages de l’histoire locale dont les traces n’étaient pour l’essentiel que livresques. Ces interventions dans le sous-sol de la cité devraient être de nature à répondre aux attentes de l’architecte urbaniste espagnol Joan Busquets, auteur du projet « Dunkerque 2020 », qui rêve de retrouver les fondations des remparts bourguignons qui enserraient Dunkerque au XIVe siècle, afin de mieux retisser des liens avec un passé urbain particulièrement riche et cher aux habitants d’une ville nouvelle.
Contrairement à bien des localités de Flandre, telles Bergues, Furnes, Esquelbecq ou encore Warhem et Bourbourg, le nom de Dunkerque ne se rencontre dans aucune pièce d’archives antérieure à la secondemoitié du XIe siècle. Il se lit pour la première fois dans une charte de Bauduin V dit de Lille, datée de 1067 puis dans un document de 1183 quand le comte de Flandre donne à l’église Saint-Nicolas, à Furnes, un tiers de la dîme des harengs prélevée sur les pêcheurs de Dunkerque. Pour autant, le manque de sources écrites n’implique pas l’absence de présence humaine. A ce sujet, les historiens possèdent d’ailleurs une idée très précise des noyaux primitifs de peuplement établis dans les dunes. L’un se situait autour de la chapelle dédiée à Saint-Éloi, à l’emplacement de l’Hôtel des Impôts contemporain, construit sur le site de l’ancien abattoir communal, et l’autre, à quelques centaines de mètres plus au nord, jouxtant l’actuelle place Charles-de-Gaulle. Ce dernier, dénommé Saint-Gilles (Sint-Gillisdorp) devait lui aussi posséder une chapelle et fut ceint d’une fortification en 1406. La tradition rapporte que Robert de Cassel, comte de Flandre, fit construire en 1325, à l’angle sud-est de ce village devenu bourg, un château dont l’existence fut éphémère puisque, trois ans plus tard, des hordes de pillards, révoltés flamands, le détruisirent de fond en comble. Cet édifice dont les vestiges ont toujours été activement recherchés demeure une énigme. Sur certains plans, jugés fantaisistes, il a été représenté sous la forme d’un quadrilatère irrégulier flanqué de quatre tours. Ce pouvait être aussi un ouvrage fortifié quelconque.
Le hameau originel devait abriter quelques masures de tacherons et marins puis, peu à peu, ces fragiles demeures firent places à des maisons en dur et l’endroit se peupla rapidement pour devenir un centre d’activité important. Les historiens possèdent une idée assez précise de la partie Est du site délimité par les rues des Vieux-Remparts (rue Terquem) et des Vieux-Quartiers (rue Poincaré). C’est là qu’en 1694 fut construit une maison hospitalière appelée « nouvel hôpital Saint-Julien. » agrandi en 1703 et 1712. Cet établissement fut démoli en 1909, après son transfert à Rosendaël, pour céder la place à un Hôtel des Postes implanté très précisément sur la parcelle où fut construit ultérieurement l’immeuble de la « Maison Flamande ». L’historien Louis Lemaire surveilla très étroitement ces travaux entrepris dans les premières années du XXe siècle, priant l’entrepreneur de veiller à la conservation de tout ce qui pouvait être découvert sous les fondations d’une partie de ces anciens bâtiments. Sous la voûte d’un ancien canal souterrain, furent retrouvés, dans une vase noirâtre d’une épaisseur de 2m30, de nombreux objets dont une grande quantité de pipes, deux jetons de cuivre frappés à Nuremberg, des débris d’assiettes de terre rouge vernissées datant de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle, des poteries en grès, deux boulets de pierre et quantité d’ossements d’animaux domestiques. Ce matériel archéologique était postérieur à 1558, date du siège au cours duquel la ville fut détruite, et antérieur à 1640. Nulle trace donc à cet endroit du château de Robert de Cassel.
Les fouilles entreprises dans un secteur proche, de février à juillet 1992, derrière le collège Lamartine, sur le site du futur amphithéâtre universitaire permirent la redécouverte de l’emblématique rue Saint-Gilles dont nous possédons une connaissance assez précise grâce aux écrits de plusieurs chroniqueurs. Cette voie tortueuse, considérée comme le berceau de Dunkerque, était un centre d’activité des plus pittoresques. Elle s’ouvrait autrefois sur cinq ruelles et abritait à l’origine la corporation des ramoneurs ainsi que de modestes boutiques aux caves saillantes. Avant 1914, on y comptait encore 17 demeures antérieures à 1750. Deux caves firent l’objet de fouilles ainsi qu’une zone vierge de toute construction. On y découvrit principalement un ensemble de céramique de la fin du XVIe siècle et les archéologues constatèrent que les niveaux les plus anciens n’étaient pas antérieurs à la fin du XVe siècle, datant plus vraisemblablement à la première moitié du XVIe. Aucun indice donc attestant la présence à cet emplacement du hameau de Sint-Gillisdorp.
Cette année, les diagnostics, opérés sous la conduite de Mathieu Lançon, se révèlent plutôt prometteurs. Outre le tracé le la rue Saint-Gilles, les explorations ont permis d’identifier l’ancien hôpital militaire du XVIIe siècle et son crématorium. Après le décapage des strates de la ville moderne, les niveaux humides ont révélé des cruches et des semelles de chaussure en cuir du XVe siècle ainsi qu’une pièce plutôt rare : un chevalet d’instrument de musique. Fait nouveau : la découverte de fragments de céramique peinte, caractéristique du Haut Moyen-Âge, pourraient confirmer, sous réserve d’analyses, une occupation au Xe siècle. Les recherches doivent se poursuivre car quatre autres zones seront prochainement sondées pour mieux éclairer l’histoire de l’évolution urbaine de la cité dans les temps les plus anciens.
Patrick Oddone
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