
1067 : concession des Sintes à l’abbaye de Saint-Winoc (Bergues)
1559 : distinction entre Cleen (petit) et Groot (grand) Synten
1658 : annexion au « Territoire de Dunkerque »
1877 : séparation du hameau de Saint-Pol (Tornegat)
1968 : adhésion à la Communauté urbaine
1972 : fusion avec Dunkerque
Ses multiples appellations et leurs variantes plaident pour une existence séculaire et le vocable latin de Sentinis figurant dans les plus anciens parchemins pour désigner ce territoire décrit déjà à lui seul la réalité physique des origines : des bas-fonds marécageux, inhospitaliers et certainement malodorants. En 1067, Baudouin V, comte de Flandre, fait concession aux Bénédictins de l’abbaye de Saint-Winoc (Bergues), les salines situées à Sintes pour inciter les moines à assécher ces basses terres sujettes à inondation. Confirmé à plusieurs reprises au cours des XIe et XIIe siècles, ce privilège stimule les travaux de drainage des nombreuses nappes d’eau (les schorres) et favorise l’implantation de hameaux.
Si l’on se réfère aux textes, il est hautement probable que, dès 1268, s’opère la distinction entre deux sites de peuplement greffés sur des lieux de culte différents : Zintine Templum (église) et Zintine Capella (chapelle). Plus tard, vers 1559, apparaît le nom de Cleen (petit) Synten par opposition à Groot (grand) Synten, la délimitation entre les deux paroisses de Petite et de Grande-Synthe étant la Coxfortstraet (rue du fort aux vaches), voie menant à Mardyck le long d’un canal appelé Mello. Entre-temps, la plupart des terres ont été isolées de la mer par l’élévation de la digue du Comte-Jean, détruite par les Anglais en 1383 puis relevée en 1419 par Jean sans Peur : la poldérisation étend progressivement la mise en culture.
La spécificité religieuse de Petite-Synthe s’appuie sur une légende très vivace qui rapporte qu’un bélier broutant à proximité d’un puits se mit à gratter le sable et exhuma l’une des reliques de la Vraie Croix, ramenée de la première croisade par le comte de Flandre Robert II de Jérusalem - on attribuera par la suite ce bienfait au très populaire comte Gui de Dampierre - qui en avait initialement confié la garde à l’abbaye de Saint-Winoc. Très vite, l’eau de cette source devint miraculeuse, censée guérir les fièvres convulsives et les maux ophtalmiques, et un sanctuaire fut élevé sur le site de la découverte. Il prit le nom de Kruysbellaert (croix du bélier ou croix des clochettes) et devint un lieu de pèlerinage très prisé en Flandre. Détruits durant la Révolution, le calvaire et la chapelle furent respectivement reconstruits en 1893 et 1920 et rénovés depuis.
En 1658, la paroisse est annexée par les Anglais pour constituer le « Territoire de Dunkerque » et, en 1662, quand la ville forte est rachetée par Louis XIV, elle est extraite de la châtellenie de Bergues. Son paysage se métamorphose : l’achèvement en 1678 du canal de Bourbourg lui donne une limite sud et est, tandis que le creusement, en 1714, du canal de Mardyck coupe son territoire en son milieu. Le village se consacre alors uniquement à l’agriculture et innove en accueillant les premières cultures de pommes de terre dont les plants ont été rapportés de Hollande dès 1730. En 1790, année où elle doit céder une partie de son territoire - la section dite d’Amont qui lui avait été rattachée en 1663 - pour la constitution de la commune de Fort-Mardyck, Petite-Synthe compte environ un millier d’habitants, essentiellement regroupés au sein du noyau primitif, autour de l’église Saint-Nicolas. Sa population va quadrupler en moins d’un siècle. En effet, à partir de 1830, le hameau de Tornegat (Saint-Pol) apparaît au nord du canal de Mardyck suite à l’endiguement et à la mise en culture des salines. Mais l’essentiel du développement s’effectue à l’est du village, là où s’implantent les industries attirées par la proximité du port de Dunkerque et surtout du canal de Bourbourg qui offre des possibilités de transport et les prises d’eau nécessaires au fonctionnement des manufactures.
Au début du XIXe siècle, l’activité industrielle est florissante : filature de lin, scierie mécanique, usines chimiques, conserverie alimentaire, briqueterie, brasserie, docks et entrepôts appellent une main-d’oeuvre qui assure le peuplement de la section du Banc-Vert où, dès 1901, est fondée la paroisse Saint-Antoine. Petite-Synthe compte alors 4 000 habitants et son potentiel industriel se renforce encore en 1919 avec l’arrivée d’une usine de construction métallique qui s’implante au sud-ouest de la commune et construit sa cité ouvrière sur le territoire limitrophe de Grande- Synthe. Sous la pression de l’expansion économique et urbaine, le territoire subit aussi ses premières amputations : en 1856, la commune cède à la ville de Dunkerque la partie de son front de mer utilisé pour l’extension portuaire et l’édification du phare (1843) et perd en 1877, le hameau de Saint-Pol qui a souhaité accéder à l’autonomie. Petite-Synthe conserve encore les vestiges d’un passé militaire récent, abritant un fort, ouvrage bétonné construit de 1906 à 1908 pour assurer la défense avancée de Dunkerque.
La commune subit d’importantes destructions durant la Seconde Guerre mondiale : de nombreux immeubles ainsi que son église Saint-Nicolas sont dynamités en 1944 par les Allemands et son tissu industriel ancien ne survit que partiellement aux bombardements. Sa reconstruction à peine achevée, elle se retrouve confrontée à l’urbanisation galopante de la seconde moitié du XXe siècle : progressivement, elle se transforme en faubourg de Dunkerque et les terres agricoles se couvrent de logements individuels ou collectifs par juxtaposition de lotissements ou de constructions érigées dans le cadre de la zone d’aménagement concerté du Banc-Vert. En 1969, elle figure parmi les premières communes constitutives de la Communauté urbaine et, en 1972, forte de 20 000 habitants, elle fusionne, en même temps que sa consœur Rosendaël, avec Dunkerque. Son quartier de l’Albeck qui abritait la population ouvrière de la sidérurgie est cédé en 1980 à la ville de Grande-Synthe. Devenue aujourd’hui quartier de la ville-centre, Petite-Synthe a conservé toute son identité et cultive la mémoire de son riche passé.
Patrick Oddone.
Le Grand Dunkerque, une histoire en marche
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Aux origines du port (18e - 19e siècle)
Aux origines du port (19e - 20e siècle)
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Le port du XXe siècle (1945 - 2000)
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