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Nouvelle vie pour le Sandettié

1732 : un premier bateau-feu britannique
1863 : le Mardyck et le Ruytingen devant Dunkerque
1948 : lancement du Sandettié
2006 : le temps de la mémoire

 

Le 3 juin 1989, le bateau-feu Sandettié rentre définitivement au port, après 40 années de bons et loyaux services. Dix-sept ans plus tard, dont huit de restauration, il est ouvert au public et commence une nouvelle vie au sein du patrimoine flottant du Musée portuaire de Dunkerque.

 

Sur les bancs de Flandre

Ils s’appellent Dyck, Mardyck, Snouw, Ratel, Ruytingen, West Hinder ou encore Sandettié, ce sont les bancs de Flandre qui rendent si difficile la navigation en mer du Nord et nécessitent une parfaite connaissance des passe maritimes pour accéder aux principaux ports. Ici, les hauts-fonds sont instables et toute construction est impossible. Pour matérialiser ces chenaux, il fallait trouver un système de balisage fiable qui ne soit pas vulnérable aux fréquentes tempêtes et intempéries. Seule solution : une structure fixe susceptible d’accueillir un équipage ayant pour principale mission l’entretien permanent d’une source lumineuse.

Les premiers bateaux-feux

Dès la fin du Moyen-Age, certains ports marchands florissants signalent leurs accès par quelques bouées constituées d’un simple tonneau de bois maintenu en position par un corps-mort et il est probable que des feux flottants aient été utilisés dans les eaux néerlandaises dès le XVe siècle. Mais il faut attendre le XVIIIe siècle pour voir apparaître les ancêtres des bateaux-feux : ce sont de petits navires de commerce équipés de quelques lanternes placées aux extrémités des vergues et éclairées par des chandelles. Le premier qui ait pu être identifié par les historiens est britannique. Il s’appelle le Nore et signale le banc du même nom à l’embouchure de la Tamise.

Tous les pays européens possédant une façade maritime adoptent progressivement ce type de balisage. En 1860, la France arme ses premiers bateaux-feux en Gironde et, trois ans plus tard, le Mardyck et le Ruytingen signalent la passe de l’Ouest de la rade de Dunkerque. Ces navires de 150 tonneaux, construits entièrement en bois avec une coque doublée de cuivre, possèdent une volumineuse sphère rouge à claire-voie, en tête de mât, sous laquelle est fixée une couronne de huit lanternes allumées la nuit. Ils sont alors armés par un équipage composé d’un officier et de six matelots dont la relève est effectuée chaque mois.

Une flotte confortée et renouvelée

La seconde moitié du XIXe siècle voit, sous l’égide de l’administration des Phares et Balises, la constitution d’une flotte complétant et améliorant l’éclairage des bancs de Flandre, pour répondre à une augmentation du trafic maritime issu de la vitalité du port de Dunkerque en particulier. Ces bateaux portent le nom du lieu qu’ils balisent et peuvent donc en changer. Le Dyck entre en service en 1869 et le Mardyck dont le poste est supprimé devient le Snouw. Fatigués par le roulis et le tangage, leur durée de vie ne dépasse guère deux décennies. Le Nouveau Dyck entre en service en 1888, de même le Ruytingen (1892), construit en acier. L’année 1902 voit l’arrivée de deux nouveaux bâtiments, le Sandettié et le Dunkerque.

Des innovations sont apportées à la construction de ces navires ainsi qu’aux systèmes lumineux et une nouvelle génération de bateaux-feux apparaît à la fin des années 1930 : le Dyck (1935), le Sandettié (1937) et le Ruytingen (1938), construits à Graville par la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée, peuvent désormais naviguer par beau temps sans l’assistance de remorqueurs et sont dotés de l’éclairage électrique.

Au musée portuaire

La Seconde Guerre mondiale décime cette flotte et, malgré la généralisation de l’utilisation des bouées, deux nouveaux bateaux-feux sont commandés pour Dunkerque au chantier de Graville. Ils assurent la relève en 1949 : le B.F. 6 et le B.F. 7 rejoignent à leur tour les bancs du Dyck ou du Sandettié. De 1967 à 1985, le B.F. 7 est affecté au poste Bassurelle et, en 1978, le B.F. 6 quitte le Dyck qui n’est plus balisé pour s’établir au Sandettié. Mais la technologie finit par avoir raison de ces navires qui sont remplacés par des bouées phares automatiques entièrement autonomes, aujourd’hui munies de capteurs solaires.

La page est tournée mais la mémoire demeure. En 1989, les Dunkerquois décident de conserver leur Sandettié, dernier bateau-feu français à avoir été en service. Ce navire de 47,5 mètres de long sur 7,65 m de large, équipé d’un moteur électrique de 120 cv, était ancré par une chaîne mesurant 100 mètres de long et pesant 100 tonnes. Les aficionados de la météo marine se souviennent encore des informations communiquées par « bateau-feu Sandettié » et retransmises quotidiennement sur les ondes de France Inter. Classé à l’inventaire des monuments historiques en 1997 et restauré par la Communauté urbaine de Dunkerque, il est aujourd’hui, au côté du Duchesse Anne, l’un des fleurons du patrimoine du Musée portuaire. Dernier témoin du balisage à l’ancienne, le Sandettié incarne un chapitre de l’histoire maritime du XXe siècle et porte la mémoire de ces « marins de l’immobile » qui assurèrent la sécurité de la navigation dans l’une des zones les plus fréquentées au monde.

 

Patrick Oddone

Ancrés en mer là où un phare ne pouvait être construit, les bateaux-feu apparurent en rade de Dunkerque en 1863. Quinze unités s'y sont succédées. Le Sandettie, lancé en 1948, est le dernier représentant de la "lignée" des bateaux-feux habités. Le Musée à flot se visite toute l'année.

www.dunkerque-tourisme.fr

Depuis un siècle et demi, les bateaux-feux au repos sont inscrits dans le paysage du Bassin du Commerce.
Photo: Le sandettié à quai devant le musée portuaire
Ouvert au public depuis le 30 août 2006, le Sandettié se visite à l’aide d’un audio-guide mettant l’accent sur la vie du bord.

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