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Histoire du territoire

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Les jardins de la solidarité

1896 (octobre) : fondation de la Ligue du Coin de Terre et du Foyer.
1896 (décembre) : premiers jardins ouvriers à Rosendaël.
1906 : les pêcheurs ont leurs jardins à Grand-Fort-Philippe.
1909 : les fortifications de Gravelines accueillent des jardins ouvriers.
1932 : premiers jardins ouvriers à Petite-Synthe.
1991 : création de l’Association pour la gestion des Jardins familiaux de Dunkerque.
2012 : Dunkerque compte près de 800 jardins familiaux.

Autrefois « ouvriers », désormais « familiaux », les jardins constituent un phénomène social sur lequel se penchent aujourd’hui urbanistes, aménageurs, professionnels de l’horticulture ou encore historiens et sociologues. De fait, depuis plus d’un siècle, ces potagers accompagnent l’histoire de nos sociétés urbaines, et sont actuellement l’objet de nombreuses politiques de développement local, considérés comme un nouvel outil d’expression citoyenne et collective.

Les origines

Photo : Affiche de la Ligue française du Coin de terre et du Foyer, éditée en 1926 à l’occasion du trentenaire de sa fondation.

Les jardins ouvriers sont étroitement liés à la révolution industrielle et à l’urbanisation qui en découle, entraînant une accélération de l’exode rural et d’importantes mutations sociales. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des courants de pensée se structurent pour proposer une amélioration de la condition de vie du prolétariat. Ils s’appuient sur certaines initiatives patronales associant maison et jardin dans des cités ouvrières, et puisent leurs sources dans la logique paternaliste et l’idéologie pavillonnaire. On prône alors l’accession à la propriété pour restaurer l’ordre social prolétarien. Dans le même temps, le catholicisme social œuvre pour la recherche de solutions, non plus simplement charitables mais également légales, aux problèmes sociaux posés à la condition ouvrière par le développement du capitalisme. Un groupe d’ « abbés démocrates », tels l’abbé Trochu, qui crée l’Ouest-Eclair, l’abbé Dabry, fondateur de la Vie Catholique ou encore l’abbé Lemire devenu député d’Hazebrouck, participent au développement de ce courant, proposant une nouvelle lecture de la question sociale.

Le rôle éminent de Jules Lemire

Photo : L’abbé Jules Lemire (1853-1928), député du Nord, a exalté la terre, se faisant le héros d’une doctrine nouvelle, le « terrianisme ».

En 1893, l’abbé Jules Lemire démissionne de son poste de professeur et est nommé vicaire à Hazebrouck. « Je veux exercer dans le monde un ministère de conquêtes sociales », déclare-t-il alors pour justifier son choix. Sa fonction lui permet d’approcher des familles ouvrières et de constater leur désarroi ainsi que leur misère morale et financière. Cette année-là, il se présente aux élections législatives et est brillamment élu. Son programme : modifier les lois et règles régissant le travail et la participation à son produit, trouver une voie entre socialisme et libéralisme, et résoudre les problèmes sociaux en réconciliant patrons et ouvriers car, pour lui, la question sociale demeure d’abord d’origine morale. Tribun à la grande stature et à la réplique parfois acerbe, il a peu de contradicteurs et, à la Chambre des Députés, durant ses trente-cinq années de mandat parlementaire, il défend ses idées avec fermeté. Il est notamment à l’initiative de trois grandes réformes : le repos hebdomadaire, les allocations pour toute famille d’au moins trois enfants et la retraite vieillesse et invalidité. Il est aussi à l’origine d’une réglementation de la durée et des conditions de travail, notamment pour les femmes et les enfants mineurs. Après le congrès ouvrier chrétien de Reims en 1894, il expose son opinion sur les problèmes agraires, défendant notamment l’idée que la terre est bienfaitrice à l’homme, particulièrement à l’ouvrier pour le détourner des fléaux sociaux dont l’alcoolisme. C’est ainsi qu’en 1896 il fonde la Ligue du Coin de Terre et du Foyer, consacrant la création des jardins ouvriers pour répondre aux besoins immédiats des familles les plus démunies. En 1907, elle est implantée dans 73 départements et, en 1909, le Nord compte 6 709 jardins répartis en 109 œuvres.

La multiplication des jardins

Photo : Une famille ouvrière dans son jardin au début du XXe siècle.

Dans l’agglomération dunkerquoise, le docteur Gustave Lancry (1857-1920) est, avec l’abbé Lemire, le principal artisan de la diffusion des doctrines terrianistes. C’est lui qui utilise pour la première fois, dans la revue La Démocratie Chrétienne d’octobre 1895 le terme « jardin ouvrier » auquel il confie une fonction sociale, aussi importante que la fonction alimentaire traditionnellement associée au potager. Dès décembre 1896, il fonde, à Rosendaël, sous une forme associative, une section locale destinée à promouvoir cette activité. Ce mouvement se développe timidement au début du XXe siècle mais s’implante dans plusieurs communes du littoral. Des jardins voient ainsi le jour à Grand-Fort-Philippe à l’initiative du syndicat des marins-pêcheurs en 1906 et à Gravelines en 1909 sur une partie des fortifications… Puis, la période des deux guerres et de l’entre-deux guerres, marquée par la crise des années 1930, consacre l’apogée du développement des jardins. Ainsi à Dunkerque, durant le premier conflit mondial, la ville décide la mise en culture des terrains communaux et militaires, réquisitionnés et répartis entre diverses catégories d’habitants. De même, plus tard, à Coudekerque-Branche où l’abbé Delarroqua crée, en 1941, un groupement de jardins ouvriers dans sa paroisse.

Sous le signe du développement durable

Après la Seconde Guerre mondiale, le jardin devient « familial » et non plus « ouvrier » pour enlever la connotation prolétaire qui s’y rapportait. Si la période de prospérité des Trente Glorieuses marque une pause dans le développement des jardins, les années de crise favorisent leur renaissance et leur redonnent un rôle important dans l’économie familiale ainsi qu’une nouvelle légitimité sociale. Dans notre région, cette tradition est solidement ancrée et, pour ne prendre que cet exemple, il existe aujourd’hui près de 800 jardins familiaux à Dunkerque, répartis en sept lotissements. Une association de gestion a été créée en 1991 et un important programme de rénovation mis en œuvre. Les jardins familiaux sont aujourd’hui devenus un outil d’encouragement à l’écocitoyenneté, à la biodiversité et à la sensibilisation au développement durable. Le respect de l’environnement est omniprésent avec la récupération de l’eau de pluie et l’incitation au compostage des déchets verts, à l’utilisation minimale d’engrais et au non-recours aux pesticides. Enfin, le jardin a pris un nouveau sens dans la société, il est un espace social, un « spectacle vivant » car, au-delà de sa production potagère, il est un lieu de loisirs, de rencontres et d’échanges. Sans compter qu’il peut avoir un effet thérapeutique certain sur des personnes fragilisées et que la terre peut se révéler un excellent outil d’intégration.

Patrick Oddone.

Photo : Les jardins familiaux : une activité de loisirs mais aussi le souci de retrouver une alimentation plus saine et naturelle. Photo Ville de Dunkerque.
Les jardins familiaux : une activité de loisirs mais aussi le souci de retrouver une alimentation plus saine et naturelle. Photo Ville de Dunkerque.

Histoire du territoire

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