
C’est à Durban, en Afrique du Sud que le 15 juillet 2005, vingt-trois beffrois du Nord-Pas-de-Calais (17) et de la Somme (6) ont obtenu de l’UNESCO leur inscription au très convoité patrimoine mondial de l’humanité, rejoignant ainsi le protectorat dont bénéficiaient déjà le Mont-Saint-Michel, le pont du Gard ou encore la ville fortifiée de Carcassonne.
Une juste reconnaissance pour ces monuments emblématiques de notre région, à la fois porteurs de notre histoire, témoins des siècles passés, autrefois protecteurs des populations regroupées sous leurs oriflammes et symboles des tout-puissants d’alors. Les voilà donc « valeur universelle exceptionnelle », pour le rôle qu’ils ont joué et celui qu’ils jouent encore, en écho à la vitalité de nos traditions locales. En Flandre, quatre géants de pierre ont ainsi fait leur entrée dans ce « pôle d’excellence » : Dunkerque, à double titre pour la tour de son église et son hôtel de ville, mais aussi Gravelines et Bergues.
Sur nos terres septentrionales, le beffroi a une signification forte. Il est, à l’origine, le symbole de l’émancipation communale et l’affirmation d’un troisième pouvoir s’imposant à côté du donjon des seigneurs et des flèches des églises. Élevé dès le Moyen Âge dans les villes qui avaient acquis une charte attestant d’un certain degré d’autonomie, sa fonction utilitaire est de protéger la cité contre les invasions et les incendies. Il est ainsi un monument à tout faire, abritant souvent une cloche puis un carillon. Tour de guet, campanile, arsenal, corps de garde, cachot, tribunal, il cumule les usages en traversant les siècles mais sa stature matérialise et garantit surtout la liberté des magistrats communaux. À la fois défensif et guerrier, il est un symbole de paix et de prospérité. Confronté aux soubresauts de l’histoire, il s’obstine à renaître de ses tourments pour marquer le relèvement d’une ville meurtrie. « Lieu suprême de retranchement, de puissance et d’amour », il apparaît indestructible tant est pérenne son inscription dans le paysage urbain.

Cette tour de briques blondes, finement décorée d’arcades de style gothique est un exploit architectural puisque ses fondations ne mesurent qu’un mètre pour une élévation à 58 mètres. Sa base massive forme un carré de 15 mètres de côté et son corps s’amincit graduellement pour se réduire en son sommet à une plate-forme de huit mètres de côté.
Elle fut érigée en 1440, sur l’emplacement d’un tour de guet construite au XIIIe siècle, pour servir de clocher à l’église dédiée à Saint Eloi. En 1558, elle demeure l’unique témoin vertical d’une ville réduite en cendres par l’invasion française puis, définitivement séparée de l’église en 1782, elle sert de tour de guet jusqu’en 1940. Elle est couronnée par une plate-forme ceinturée d’une balustrade avec une tourelle à chaque angle : en son centre se trouvait la logette du guetteur, appelé tourier, dont la fonction était, dit-on, source de longévité. Son carillon de 50 cloches, entièrement restauré en 2009 et désormais doté des plus hautes technologies, rythme la vie locale avec la Cantate à Jean Bart ou l’Air du Reuze. Elle est aussi un lieu de mémoire, accueillant depuis 1923, un cénotaphe renfermant les noms des poilus dunkerquois tombés durant la Première guerre mondiale.
Mais Dunkerque est aussi la seule ville de France à posséder deux beffrois classés au patrimoine mondial, le second étant celui de l’hôtel de ville, œuvre de l’architecte Louis Marie Cordonnier (1901), qui culmine à 75 mètres. Sa base intérieure est illuminée par un grand vitrail représentant le retour triomphal du corsaire Jean Bart après sa victoire à la bataille du Texel (1694).

Élevé à l’origine en 1608 par Guillaume de Wittre selon les canons architecturaux du XVIIe siècle, il est victime des assauts du temps, rasé en 1821 et reconstruit pratiquement à l’identique mais allégé de quelques décorations, par l’architecte Grawez. Achevé en 1827, il est l’un des rares beffrois à être isolé d’un autre bâtiment. La tour comprend un rez-de-chaussée et trois étages coiffés d’un lanternon polygonal recouvert d’ardoises. Le dernier étage abrite dans un oculus une horloge à quatre cadrans sur chacun de ses côtés depuis 1883. Il domine de ses 27 mètres les tours de guet des maisons d’armateurs qui surveillaient de leurs postes le retour des navires. Longtemps, il servit de repère terrestre pour les marins avant que le phare de Petit-Fort-Philippe ne soit édifié en 1835. Il possède un carillon qui sonne tous les quarts d’heure et 104 marches séparent le visiteur de son sommet.

Il a connu tous les outrages mais veille toujours fièrement sur la ville fortifiée qu’il domine de ses 47 mètres. Édifié au XIIe siècle à l’emplacement d’une ancienne porte de l’enceinte primitive, il est détruit une première fois en 1383 lors de la conquête de la ville par les Français. Reconstruit, il subit ensuite deux incendies, en 1558 puis en 1940. En septembre 1944, il est dynamité par les Allemands en déroute. La version actuelle de l’édifice a été érigée entre 1958 et 1961 par l’architecte Paul Gélis. S’il a perdu sept mètres, ses contreforts et de multiples détails, il conserve les grandes lignes de l’architecture flamande. Toujours debout après quatre renaissances, il abrite 50 cloches qui égrène tous les quarts d’heure une mélodie différente.

Valorisés, célébrés, les beffrois ne sont pas que de simples monuments historiques. Il ont une fonction urbaine et ressurgissent à l’époque contemporaine dans les villes qui souhaitent conforter leur identité. C’est ainsi qu’en 1985 Cappelle-la-Grande renoue avec la tradition flamande et se dote d’un édifice de 30 mètres de hauteur abritant un carillon de 48 cloches. De même Saint-Pol-sur-Mer inaugure en 2003 le premier beffroi du XXIe siècle, accompagnant ainsi la redynamisation de son centre-ville, initiée par la Communauté urbaine.
Patrick Oddone


Le Grand Dunkerque, une histoire en marche
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Aux origines du port (18e - 19e siècle)
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