
1858 : Gaspard Malo acquiert 641 hectares de Dunes
1868 : inauguration du premier casino
1888 : édification de la digue
1891 : naissance de la commune de Malo-les-Bains
1940 : site de l’opération Dynamo
1970 : fusion des communes de Dunkerque et de Malo-les-Bains
1989 : Dunkerque-Malo, officiellement station balnéaire et touristique
Si ce n’était l’existence primitive d’un modeste hameau de pêcheur sur le site dénommé Visschermoere, on pourrait éventuellement considérer que les lettres patentes du 20 avril 1775 concédant les dunes de l’Est, aux villes de Dunkerque et de Bergues, à charge pour elles de les entretenir et d’y réduire le nombre de lapins, figurent parmi les actes fondateurs de la future commune de Malo-les-Bains.
À partir de 1840, la ville de Dunkerque, à la recherche de rentrées financières, engage auprès des particuliers l’aliénation de ces vastes espaces restés vierges. C’est ainsi qu’en 1858, soit deux ans avant la création de la commune de Rosendaël, Thomas-Gaspard Malo, fils de l’un des derniers corsaires dunkerquois sous la Révolution et l’Empire, armateur-négociant et industriel, se porte acquéreur de quelque 641 hectares de dunes qu’il envisage de mettre en culture pour l’alimentation du bétail. Mais il se heurte à la stérilité des sols : les plantations de luzerne ne sont guère concluantes, de même celle des saules et des pins maritimes décidées en substitution.
Nullement découragé, ce capitaine d’industrie change son fusil d’épaule : la mode des bains de mer étant alors en vogue au sein de la bourgeoisie de l’époque, il rebondit sur l’idée de niveler les dunes et de les vendre par lots pour l’édification de chalets. Les débuts de la commercialisation sont difficiles mais Gaspard Malo est soutenu dans son initiative par ses amis Edmond About, Francisque Sarcey ou encore Henry Bauër, véritables maîtres à penser de la « jet set » qui tiennent une place prépondérante dans le monde littéraire et journalistique de la fin du XIXe siècle et assurent la promotion du projet. Un embryon de station balnéaire se dessine ainsi peu à peu, sans règlement d’urbanisme, et un premier casino, qui connaîtra bien des vicissitudes, est inauguré en 1868.
Le projet de Gaspard Malo est suspendu par la guerre de 1870-1871mais, à partir des années 1880, notables, grands commerçants et industriels de la région du Nord choisissent Rosendaël-les-Bains comme lieu de villégiature estivale. Ils font appel à des architectes de renom pour l’édification de magnifiques demeures souvent citées en référence dans les magazines professionnels. Surgissent aussi des sables un établissement de bains, des hôtels et un nouveau quartier se développe, cette fois-ci selon un plan d’ensemble cohérent, grâce à l’intervention de deux promoteurs privés (Wagner et Hamoir) qui ont racheté des terrains au pionnier.
Rosendaël-les-Bains entre ainsi en concurrence directe avec sa voisine Dunkerque qui entend tirer profit de sa situation de terminal ferroviaire. En 1878, la cité de Jean-Bart rachète le Kursaal (casino) d’Ostende, vaste structure de fer et de verre qu’elle remonte sur son territoire, en front de mer. Elle prend aussi l’initiative d’aménager l’espace public proposant, dès 1885, l’édification d’une digue le long de la plage qui lui appartient : ce projet aboutit trois ans plus tard et la municipalité de Rosendaël, invitée à faire de même, prend en charge le prolongement de l’ouvrage.
La station balnéaire acquiert la notoriété : elle figure désormais dans tous les guides touristiques de France et sa fréquentation ne cesse de croître. Pour autant, la municipalité de Rosendaël, principalement soucieuse des intérêts de sa population maraîchère, ne manifeste guère d’enthousiasme pour accompagner cette entreprise et ne prend pas la dimension de l’enjeu.
Les pétitions des habitants se succèdent jusqu’à la revendication, émise en 1886, de l’érection du hameau en commune. En 1887, Rosendaël finit par accepter le principe d’une séparation mais le dossier est, l’année suivante, enterré par le Conseil d’État. Néanmoins, les mentalités évoluent et la section des Bains obtient quelques satisfactions en matière de voirie, d’éclairage et d’école. Un premier pas vers l’émancipation est franchi en 1889 quand le quartier devient paroisse mais l’église Notre-Dame du Sacré-Cœur ne sera ouverte au culte qu’en 1903.
En 1890, une nouvelle pétition réclame la séparation et,malgré une opposition redevenue tenace au sein du conseil municipal de Rosendaël, la « section du Casino », forte de 1662 habitants, est érigée en commune par décret du 21 juillet 1891 sous le nom de Malo-les-Bains.
Le succès de Malo ne se ralentit pas jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et la station évolue, après l’embellie sociale de 1936, au rythme de la démocratisation des loisirs. La population de l’agglomération se l’approprie. La nouvelle ville connaît dans la premièremoitié du XXe siècle de profondes mutations sociologiques et se transforme progressivement en faubourg de Dunkerque : les dirigeants d’entreprises, les classes moyennes ainsi que l’aristocratie ouvrière y élisent domicile.
En 1940, le tissu urbain du front de mer est gravement touché par les combats de la bataille de Dunkerque et de l’opération Dynamo. D’autres dommages affectent la ville sous l’Occupation lors de la construction du Mur de l’Atlantique. À la Libération, en mai 1945, Malo-les-Bains, qui a échappé à des destructions massives, panse ses plaies et redevient rapidement la « Reine des plages du Nord ». Sa population ne cesse de croître et l’urbanisation s’étend vers l’est, par juxtaposition de lotissements et constructions en front de mer.
Quelques mois après avoir adhéré à la Communauté urbaine, la cité s’engage dans un processus de fusion avec Dunkerque : elle est rattachée à la ville-centre le 1er janvier 1970 tout en conservant sa personnalité et son caractère. Dunkerque-Malo-les-Bains ne cesse d’affirmer sa vocation de grande plage de la mer du Nord et devient officiellement station touristique et balnéaire en novembre 1989. Son site exceptionnel, le spectacle patrimonial de ses villas et la qualité de ses infrastructures renforcent son attractivité au plan régional. Chaque année, elle accueille ainsi plus de six millions de baigneurs et de sportifs sur ses plages.
Patrick Oddone
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