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Histoire du territoire

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L’écluse du canal de Mardyck

1713 : traité d’Utrecht et comblement du port de Dunkerque
1714 : creusement du canal de Mardyck
1715 : 6 février, inauguration de l’écluse
1717 : 23 avril, visite de Pierre le Grand, tsar de Russie
1717 : 7 juillet, destruction de l’ouvrage principal

L’écluse du canal de Mardyck

Ne la cherchez pas du côté du village de Mardyck, vous la trouverez plus sûrement à l’extrémité ouest de Saint-Pol-sur-Mer où elle se fait appeler « écluse Jean-Bart ». Les vestiges de cet ouvrage, visibles aujourd’hui au cœur de l’écrin de verdure du parc d’agglomération dédié au corsaire Jacobsen, évoquent une page douloureuse et agitée de l’histoire diplomatique de la France mais témoignent aussi d’une farouche volonté de contourner l’adversité.

Un territoire sinistré

La fin du règne de Louis XIV laisse un pays épuisé par les guerres, notamment par celle dite de la Succession d’Espagne, où les armées du Roi se sont opposées à une coalition anglo-germano-hollandaise. Ce conflit, qui prend fin le 11 avril 1713 à la signature du traité d’Utrecht, a des conséquences désastreuses pour la France qui perd Nieuport, Furnes, Ypres, voit ses frontières reculer et ne parvient à sauver Lille qu’en acceptant le sacrifice de Dunkerque. Le 18 septembre, les Anglais ordonnent le comblement du port, souhaitant supprimer à tout jamais de la carte ce nid de corsaires. La plus belle place du royaume, œuvre de Vauban, est ainsi condamnée. Les fortifications sont démantelées jusqu’aux fondations, les ouvrages portuaires démolis et la suppression des écluses, notamment celle de Bergues, perturbe le système d’écoulement à marée basse des eaux des Moëres et du réseau des wateringues. Aux protestations locales, les Anglais répondent que l’évacuation des eaux peut toujours s’effectuer par Gravelines et Nieuport.

Un nouvel accès à la mer

A Dunkerque, ce risque potentiel d’inondations est utilisé comme prétexte pour contourner les dispositions du traité d’Utrecht et retrouver un accès à la mer. Il est ainsi proposé de creuser un canal de dérivation allant de l’arrière-port à l’ancienne fosse de Mardyck, projet dont la mise en œuvre relève des plus hautes instances de l’Etat. En février 1714, Louis XIV se laisse convaincre par l’intendant Le Blanc du bien fondé de cette réalisation et, en avril, l’ambassadeur d’Iberville, dépêché à Londres, obtient des autorités britanniques un accord de principe. Ce vaste chantier, qui est ouvert sans tarder dès le 28 avril, est placé sous la conduite d’un brillant ingénieur, Louis-Maurice Arnaud-Jeanty. Les travaux sont menés au pas de charge, militairement : 12 puis 18 bataillons d’infanterie, soit plus de 12 000 hommes, auxquels il convient d’ajouter de la main-d’œuvre civile réquisitionnée à Dunkerque et dans les paroisses environnantes, manient la pelle pendant neuf mois pour creuser ce canal long de plus de 6 km, large de 20 à 40 m et profond de 6 mètres.

Un ouvrage éphémère

Le 17 octobre 1714, la construction de la double écluse est engagée. L’ouvrage est à deux passages, l’un de 44 pieds (14,30 m) de large pour les gros vaisseaux, l’autre de 26 (8,45 m) pour les petits navires. C’est un chef d’œuvre sur le plan technique, inauguré en grande pompe le 6 février 1715. Anglais et Hollandais ne sont pas dupes : dès le début des travaux, ils ont parfaitement compris que les Dunkerquois veulent se donner un port se substitution et ne cessent d’exercer des pressions pour obtenir, en vain, une réduction du dimensionnement de ces nouvelles infrastructures. Leurs ambassadeurs protestent et Louis XIV leur répond fermement que le traité d’Utrecht « ne prescrit point au Roi la nécessité de souffrir la submersion de son païs ». Mais à la mort du monarque, la France, très affaiblie, recherche une  paix durable. L’ouvrage, pourtant considéré comme un joyau, est alors sacrifié sur l’autel de la diplomatie, au traité de la Triple Alliance conclu à La Haye le 4 janvier 1717. La grande écluse doit disparaître et les dimensions de la petite sont réduites pour n’assurer que le passage de navires de faible tonnage. Son dernier visiteur, avant la démolition entamée le 7 juillet, est le tsar de Russie, Pierre le Grand, féru de nouveautés et ouvert à l’Occident, de passage à Dunkerque du 21 au 25 avril 1717.

Monument historique

L’espoir renaît à Dunkerque quand, le 31 décembre 1720, une tempête emporte le batardeau, érigé par les Anglais le 6 août 1714, pour obstruer l’entrée du port. Mais la ville devra attendre 1783 et le traité de Versailles, qui met fin à la guerre d’Amérique, pour être libérée des exigences anglaises et des dispositions du traité de Paris (1763) qui avaient confirmé les dispositions du traité d’Utrecht. A la fin du XVIIIe siècle, le site est délaissé et ne sert plus qu’à l’écoulement des eaux. La page est tournée. En 1977, le canal est comblé pour l’aménagement, sous la maîtrise d’ouvrage de la Communauté urbaine, d’une voie express est-ouest inscrite au schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU). En 1981, le site de l’écluse, classé monument historique depuis 1930, fait l’objet d’une restauration qui s’inscrit dans le cadre de l’aménagement d’une coupure verte, prélude à un futur parc d’agglomération. Pour l’anecdote, mentionnons que les flancs de l’ouvrage furent colmatés avec d’anciennes pierres tombales provenant de monuments funéraires déclassés de la région de Bergues et extraites à l’origine des carrières du Boulonnais ou de Soignies (B).

 

Patrick Oddone

L’enlèvement des portes de la petite écluse

L’enlèvement des portes de la petite écluse, lors des travaux effectués en 1978 sous la maîtrise d’ouvrage de la Communauté urbaine.

L’écluse restaurée par des tailleurs de pierre en 1981.

Tableau représentant la cérémonie inaugurale de l’écluse

Tableau de Jean-Baptiste Martin, « peintre des conquêtes du roi », immortalisant la cérémonie inaugurale de l’écluse, le 6 février 1715. Cette œuvre, acquise par le musée des Beaux-Arts de Dunkerque en 1991, offre une perspective des plus intéressantes sur le territoire de la future commune de Saint-Pol-sur-Mer (1871).