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Le Grand Dunkerque, une histoire en marche

1961 : création de l’Association pour le Grand Dunkerque
1970 : fusion avec Malo-les-Bains
1972 : fusion avec Rosendaël et Petite-Synthe
1981 : fusion association avec Mardyck
2011 : fusion association avec Saint-Pol-sur-Mer et Fort-Mardyck

Le Grand Dunkerque est l’exemple type du concept qui transcende les époques et s’impose par étapes successives, au gré des opportunités. Car en ce domaine si sensible, où l’identité et l’autonomie sont au cœur du débat, il n’est pas facile de convaincre que l’intérêt général dépasse l’intérêt communal ou particulier. L’idée d’un regroupement fut exprimée, pour la première fois, à l’aube de la Troisième République, par un maire monarchiste, Frédéric D’Arras, qui souhaitait que Dunkerque, en se transformant en grand port devienne aussi une grande ville. Mais, à peine émise, la voilà déjà contrariée par les exigences du développement économique, l’urbanisation générée par la croissance et le maintien d’un site militaire par nécessité stratégique.

Le morcellement communal

Quand Dunkerque se hisse, à la fin du XIXe siècle, au rang de troisième port de France, son territoire communal reste enchâssé dans son réseau de fortifications et se retrouve dans l’impossibilité d’accueillir une population ouvrière croissante. Seules les communes périphériques et leurs hameaux peuvent alors absorber cet afflux démographique dont les besoins et les aspirations d’autonomie vont encore accentuer le morcellement communal. Ainsi, Saint-Pol-sur-Mer, érigée en commune en 1877, imitée par Malo-les-Bains en 1891, forment de fait, avec Rosendaël, Coudekerque-Branche et Petite-Synthe, une ceinture urbaine qui enferme Dunkerque et lui ôte une part de son identité, de son aura, voire de sa richesse.

Les premières esquisses

Au début du XXe siècle, Henri Terquem, maire radical de Dunkerque de 1908 à 1925, affiche clairement son ambition de voir s’ériger « une grande ville à côté d’un grand port », considérant que Dunkerque, « figée, bridée dans son extension et sa prospérité » doit d’abord se débarrasser du corset fortifié qui la comprime.

Les négociations avec le ministère de la Guerre tardent à aboutir mais en novembre 1913 l’autorité militaire finit par accepter le principe d’une étude en vue du déplacement de l’enceinte. Le premier conflit mondial retarde encore l’échéance et ce n’est qu’en 1921 qu’est autorisé le déclassement de la place forte de Dunkerque. Huit ans plus tard, débutent les premiers travaux de démantèlement des fortifications.

Dans le même temps, Dunkerque et les communes environnantes doivent constituer un projet d’aménagement et d’extension conformément aux dispositions de la loi du 14 mars 1919. Mais ce plan, confié à l’architecte Alfred Agache et qui repose sur l’idée maîtresse d’une unification physique de  l’agglomération, est encore en débat à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Si la notion d’un regroupement communal est alors écartée par les maires de communes périphériques, certaines voix, dont celle de l’historien Louis Lemaire, n’hésitent pas à souligner la complémentarité des communes, qui ont toutes une spécificité sociologique, et mériteraient de constituer un grand ensemble urbain, homogène sur un plan administratif.

Une idée qui chemine

À la Libération, la recomposition du paysage politique et la reconstruction urbaine prennent le pas sur les velléités d’unification qui sont soumises au préfet du Nord, Roger Verlomme, par certains responsables économiques. Pour autant, les communes prennent conscience de l’interpénétration des intérêts communaux et de la nécessité d’accroître la vitalité de l’ensemble dunkerquois. Certaines commencent, sous la IVe République, à émettre discrètement des vœux de fusion.

Un mouvement populaire

L’arrivée d’Usinor et du gigantisme industriel sur le littoral suscite de profonds bouleversements et la classe politique cherche à s’organiser pour affirmer, face à l’État, l’expression d’un pouvoir local. L’idée d’un Grand Dunkerque est alors relancée par certains groupes sociaux, sans grand écho auprès des municipalités qui craignent une perte d’indépendance mais éprouvent cependant la nécessité de se regrouper au sein de syndicats intercommunaux. L’avancée est certes significative mais ne règle pas pour autant la question de l’adaptation des structures urbaines au nouvel ensemble économique. Les mentalités commencent cependant à évoluer grâce à au dynamisme dont fait preuve, avec le soutien de la presse locale, l’Association pour le Grand Dunkerque créée en décembre 1961. Celle-ci parvient à susciter un véritable mouvement populaire au sein de l’agglomération : elle regroupe pas moins de 10 000 adhérents en 1964 et fait irruption sur la scène électorale.

Communauté et fusions

L’unification voit d’abord le jour sous une forme autre que celle des fusions après qu’Albert Denvers eût saisi l’opportunité de la loi de décembre 1966 pour créer la première communauté urbaine volontaire de France en octobre 1968. L’agglomération peut enfin définir une politique urbaine qui réponde aux aspirations locales mais elle reste balkanisée et le poids de la ville centre (28 000 habitants) est, en termes d’image et de représentativité, nettement insuffisant. Malgré les conflits issus de la bipolarisation de la vie politique locale, Dunkerque s’agrandit par fusions : Malo-les-Bains le 1er janvier 1970, Rosendaël et Petite-Synthe le 1er janvier 1972 puis Mardyck le 1er janvier 1981. La ville perd cependant près de 10 000 habitants quand est cédé à la commune de Grande-Synthe le quartier de l’Albeck, en janvier 1981.

Après cette entorse, la situation semble figée mais l’esprit du Grand Dunkerque se réveille en 1999 avec un projet de fusion avec Loon-Plage, qui n’aboutit pas car les deux communes ne font pas partie du même canton. Enfin, en 2003, Saint-Pol-sur-Mer, puis Fort-Mardyck l’année suivante, choisissent de rejoindre Dunkerque sous la forme de la fusion-association.

Ce rêve de destin commun mettra sept ans à se réaliser, pour les raisons que l’on connaît. Avec 94 000 habitants, Dunkerque est aujourd’hui la troisième ville du Nord et le premier centre urbain du littoral : elle s’inscrit dans une nouvelle dynamique.

 

Patrick Oddone

Le premier beffroi construit au XXIe siècle entre dans le patrimoine collectif du Grand Dunkerque.
Saint-Pol-sur-Mer, commune crée en 1877, a rejoint officiellement Dunkerque, le 3 janvier 2011, avec ses 23999 habitants.

Histoire du territoire

 Le Grand Dunkerque, une histoire en marche
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