
1778 : construction de la batterie dite de Zuydcoote
1878-1880 : construction du Fort des Dunes
1940-1944 : les tragédies
2006 : mémoire et culture
Bien que situé sur le circuit des tour-opérateurs britanniques qui, en excellents spécialistes du tourisme de mémoire, invitent leurs concitoyens à parcourir les nécropoles et autres sites continentaux des conflits du XXe siècle, le Fort des Dunes reste ignoré, faute d’une exploitation muséographique de l’opération Dynamo. Cette lacune devrait prochainement être comblée par une mise en valeur de ce lieu qui, par son histoire, se prête à une évocation des drames d’une région durement affectée par les guerres mondiales.
Certes, son architecture n’est pas spectaculaire, mais le fort de Leffrinckoucke présente bien d’autres ressources en termes de patrimoine. Construit en 1878-1880, c’est le plus septentrional des ouvrages de la ligne fortifiée élaborée, après la guerre franco-allemande de 1870-1871, par le général Séré de Rivières, pour protéger la frontière du nord de la France, entre la Scarpe et la mer. De conception défensive, destiné à prévenir toute invasion, il constituait alors l’une des pièces maîtresses de la stratégie de protection terrestre de la ville de Dunkerque et surtout de son port. D’où l’importance que revêt sa « dépendance », la batterie dite de Zuydcoote, implantée en front de mer, qui défendait par son tir l’entrée de la passe Est de la rade.
Isolé au cœur d’un massif de dunes de 80 hectares dont 12 occupés par l’ouvrage et ses glacis, le fort est composé de trois parties bien distinctes : le casernement pour l’infanterie, la batterie d’artillerie et la défense rapprochée en contrebas. Cet ouvrage imposant, enseveli sous 4 à 6 mètres de sable, entouré d’un profond fossé, utilise astucieusement la configuration du terrain sur lequel il est implanté. Il est surmonté de glacis destinés à réduire les effets d’éventuels tirs ennemis. Il comportait plusieurs cours bordées de bâtiments, reliées entre elles par des voûtes de maçonnerie en brique protégées par un remblai.
Malgré les importantes destructions occasionnées lors du second conflit mondial, il possède encore l’essentiel de son casernement. On y accède toujours côté ouest par un pont-levis commandant l’entrée d’une longue voûte débouchant dans la cour principale.
Le rôle joué par cet édifice et les heures tragiques qu’il connut durant la Seconde Guerre mondiale en font aujourd’hui un haut lieu de la mémoire des conflits contemporains. Le Fort des Dunes fut en effet soumis aux bombardements intensifs de l’aviation allemande lors de l’opération Dynamo, dans les premiers jours de juin 1940. Environ 300 militaires français y furent tués et la nécropole extérieure qui renferme les corps des soldats non réclamés par leurs familles témoigne des lourdes pertes enregistrées à cet endroit par l’armée française durant ces journées apocalyptiques.
C’est dans l’enceinte même du fort que, le 2 juin 1940, le général Janssen, commandant la 12e division d’infanterie, trouva la mort, sous les bombes des stukas, après avoir visité ses unités pour leur annoncer un embarquement imminent.
Sous l’Occupation, le fort est intégré par les Allemands dans le dispositif du Mur de l’Atlantique sous le nom de code « Dahlie » (dahlia) et devient une simple annexe de la batterie de Zuydcoote.
Enfin, le 6 septembre 1944, il est le théâtre d’une nouvelle tragédie : suite à une tentative d’agression commise à Rosendaël sur un soldat allemand, sept résistants sont exécutés par l’occupant, après qu’un autre ait été abattu lors d’une tentative d’évasion.
Après la guerre, le fort est remis provisoirement à l’administration des Douanes puis, en 1955, l’armée française reprend possession des lieux. Il est ensuite officiellement déclassé du domaine public militaire en août 1962. Ses glacis sont cependant encore utilisés comme terrain de manœuvre par le 43e RI, tandis que l’ouvrage est, à partir de 1978, préservé et sécurisé par les cadres de réserve et les membres de la société « La Jean-Bart ». Il est acquis en 1996 par la municipalité et, depuis 1998, l’ensemble du site est propriété de la ville qui envisage sa reconversion sous le signe de la mémoire, du patrimoine et de la culture. Un dossier communautaire à l’échelle de l’agglomération.
Patrick Oddone
Lieu de mémoire de la seconde guerre mondiale, le Fort des Dunes est un bel exemple de fortification de type Séré de Rivières. Il avait pour rôle de protéger Dunkerque et son port de toute invasion par l'Est.
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