
1906-1908 : construction de l’ouvrage
1940 : reddition de la garnison
1946 : déclassement du fort
1974 : rachat par la ville de Dunkerque
Le fort de Petite-Synthe - ou plutôt l’« ouvrage », pour reprendre la terminologie officielle – est, en Flandre, le dernier témoin de l’architecture militaire du début du XXe siècle. Sa construction répond, à l’époque, à des préoccupations liées d’une part à l’apparition de l’obus-torpille qui, depuis 1885, condamne à terme les anciennes fortifications, y compris celles élevées après la guerre de 1870-1871, et d’autre part à la nécessité de remanier la protection de Dunkerque suite à la disparition programmée d’une partie des remparts de la ville centre.
La loi du 24 décembre 1903 qui autorise le nivellement de la portion de la ceinture fortifiée du XIXe siècle, située au nord-est de Saint-Pol-sur-Mer, afin de permettre la construction de nouvelles darses et écluses ainsi qu’un avant-port, contraint le génie militaire à repenser la défense avancée de Dunkerque. Deux ouvrages équipés d’artillerie sont ainsi envisagés, l’un sur le territoire de Petite-Synthe, dans le secteur du Dood Weg, destiné à couvrir sur 180 degrés l’arrière-pays, l’autre dénommé « ouvrage Ouest », implanté en front de mer (1908-1911) pour assurer une défense côtière et le contrôle des accès du port. Ce dernier fut rasé en 1962 pour faire place aux deux premiers hauts fourneaux de l’usine sidérurgique.
Comme le rappelle la plaque apposée au-dessus de l’entrée du fort, sa construction commencée en 1906 s’achève en 1908. Les travaux de gros œuvre placés sous l’autorité du capitaine Bouvier, officier du génie de la place de Dunkerque, sont opérés par l’entreprise Edouard Lecomte. Les superstructures sont édifiées sur une assise de sable mouillé pilonné et un soubassement de blocs de pierre. Les douves sont creusées en dernier lieu, jusque la nappe phréatique, la terre et le sable extraits étant utilisés pour recouvrir l’édifice. Cet ouvrage de béton armé, de forme approximativement hémisphérique, est érigé au cœur d’une zone de plus de 13 hectares.
L’ouvrage auquel on accède par un pont fixe prolongé par une partie mobile, comprend plusieurs éléments. Dix salles, réparties le long d’un couloir longitudinal de 70 mètres de part et d’autre d’un couloir central perpendiculaire de 35 mètres, composent le casernement. Elles pouvaient accueillir une garnison d’environ 150 hommes. L’équipement comprend aussi, sur le flanc droit du fort, une casemate, dite de Bourges, qui renfermait deux canons de 75 mm dans des chambres de tir séparées. Enfin, l’ouvrage abritait à l’origine trois tourelles à éclipse, l’une étant pourvue de deux canons de 75 mm à tir rapide, les deux autres étant équipées de mitrailleuses Hotchkiss. Ne subsiste aujourd’hui que la tourelle des 75 mm.
En raison de l’éloignement du front, l’ouvrage ne joue pas un rôle important durant la Grande Guerre. Il accueille surtout des soldats exténués qui viennent prendre quelque repos avant d’être renvoyés sur le front de l’Yser. Le fort ouvre aussi ses salles à la population civile, affolée par les bombardements de canons à longue portée qui tirent sur la région de Dunkerque, base logistique des armées alliées.
Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, il est équipé d’une batterie de quatre canons de DCA et, en mai-juin 1940, sa garnison résiste jusqu’à l’extrême limite, avec l’énergie du désespoir. Le 4 juin 1940, après avoir menacé de raser la commune par bombardement, les Allemands exigent dumaire, Arthur Debyser, son intercession en vue d’obtenir une reddition immédiate sans condition. Puis, sous l’Occupation, l’ennemi y effectue quelques travaux mais procède surtout à la construction, en périphérie, de plusieurs bunkers desservant de puissantes batteries antiaériennes.
À la Libération, en mai 1945, après le douloureux épisode de la « poche », l’ouvrage sert de cantonnement aux prisonniers de guerre affectés aux travaux de déblaiement et mis à la disposition de la population civile qui réintègre progressivement la cité en ruine. Devenu obsolète sur le plan militaire, il est déclassé en 1946 puis acquis par la municipalité de Dunkerque en mai 1974. Une vocation de détente, de loisirs et de pratique sportive est dès lors donnée aux espaces extérieurs qui se muent en parc d’agglomération. Quant au fort, il accueille le stand d’entraînement au tir de la police nationale et le chenil de la brigade canine, soit deux activités qui contribuent à la préservation de l’intégrité du site. Mais il n’est pas exclu que l’avenir lui assigne aussi, ponctuellement, une mission culturelle.
Patrick Oddone
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