
1640 : les Espagnols fortifient Dunkerque
1646 : Dunkerque conquise par la France
1652 : la ville est reprise par les Espagnols
1657 : traité d’alliance avec Cromwell
1658 : remise de la cité aux Anglais
Depuis la fin du Moyen Âge, Dunkerque, bastion maritime, est au cœur des enjeux qui opposent les grandes puissances européennes engagées dans des alliances à géométrie variable. Son rôle stratégique sur la mer du Nord, l’importance que s’est acquise la ville sur le plan militaire et la menace que font peser ses corsaires sur le commerce maritime, expliquent cette tourmente d’incessants conflits qui orientèrent son destin durant la majeure partie du XVIIe siècle.
En 1621, à la mort du prince Albert, archiduc d’Autriche, Dunkerque réintègre le giron espagnol et, après une trêve de douze ans, la guerre reprend entre l’Espagne et la Hollande. L’année suivante, est reconstruit le fort de Mardyck qui assure la protection du port et contrarie toutes les tentatives hollandaises visant à s’emparer de Dunkerque. En 1635, la France s’engage dans la guerre de Trente Ans en s’attaquant à l’Espagne. Soucieux de donner au royaume un territoire suffisamment vaste pour le mettre à l’abri de ses ennemis, le cardinal de Richelieu conclut alors un traité d’alliance avec les Provinces-Unies et, en 1639, la flotte espagnole de Dunkerque est battue par celle de l’amiral hollandais Tromp. Les Espagnols décident alors de renforcer la protection de la ville par de nouvelles fortifications bastionnées (1640) qui enveloppent l’enceinte médiévale conservée. Devant les progrès réalisés par les Français en Flandre, les défenses sont complétées en 1644 par la construction d’un ouvrage destiné à couvrir la place à l’ouest et à protéger le port : c’est le fort Léon, du nom du gouverneur de la ville, une fortification qui deviendra plus tard la Citadelle. Mais l’étau se resserre autour de Dunkerque. Après la prise, par les Français, de Gravelines (1644), du fort de Mardyck, de Bourbourg, du fort de Lynck (1645) puis de Furnes (septembre 1646), la ville est attaquée au nord-est par le duc d’Enghien (futur Condé) et doit se résoudre à capituler le 11 octobre 1646. Cette défaite marque l’effondrement de la puissance maritime de l’Espagne en mer du Nord. Une telle conquête reste cependant éphémère car profitant de l’affaiblissement de la France par la Fronde, les Espagnols reprennent successivement Bergues, Bourbourg, le fort de Mardyck et Gravelines. En septembre 1652, l’archiduc Léopold assiège Dunkerque qui cède et redevient espagnole.
Les Espagnols doivent en grande partie ce succès à l’intervention de la flotte anglaise qui a empêché l’escadre française de venir porter secours aux assiégés de Dunkerque. Dès lors, la diplomatie française s’attache à renverser les alliances et à s’attribuer le concours de l’Angleterre de Cromwell. Au terme de quatre années de négociations, un accord commercial est conclu en 1655 à Westminster, prélude au traité de Paris, signé le 23 mars 1657, consacrant une alliance offensive et défensive contre l’Espagne. Il est convenu que les deux puissances entreprendraient ensemble la conquête de Dunkerque et de Gravelines, la première des deux villes devant revenir à l’Angleterre, la seconde à la France. L’arrivée tardive des troupes anglaises (6 000 hommes), qui ne débarquent retarde les opérations, sans compter que les armées françaises reparties à l’assaut des places du Nord rencontrent des difficultés, notamment devant Cambrai. Cromwell s’impatiente et exige un engagement rapide des forces combinées dans les Flandres. Le vicomte de Turenne s’empare d’abord de Saint-Venant puis de Bourbourg et, sous la pression anglaise, se résout à prendre Mardyck avant l’hiver pour faciliter l’attaque ultérieure de Dunkerque.
Le traité d’alliance franco-anglais est renouvelé pour un an et les opérations reprennent au printemps 1658. Le siège de Dunkerque est risqué car les places alentour sont aux mains des Espagnols qui peuvent toujours prendre les Français à revers. La ville est défendue par le marquis de Lede, avec 2 200 fantassins et 800 cavaliers, et protégée par les inondations. Son port ne va pas tarder à être bloqué par 20 vaisseaux anglais. Turenne arrive le 23 mai à Socx, contourne Bergues et fait la jonction avec les forces du marquis de Castelnau positionnées à l’ouest avec les Anglais. Au total, 9 000 fantassins et 6 000 cavaliers assiègent Dunkerque et contrecarrent toutes les sorties de la garnison. Le 12 juin, l’armée espagnole est annoncée : forte de 6 000 fantassins et de 8 000 cavaliers, elle est commandée sur son aile droite par Don Juan d’Autriche et, sur sa gauche, par le prince de Condé qui avait déjà conquis Dunkerque en 1646 puis était passé dans le camp espagnol après avoir pris la tête de la Fronde des Princes. Ayant appris que les Espagnols attendaient leur artillerie pour venir délivrer Dunkerque, Turenne décide, le 14 juin au matin, de se porter au contact de l’ennemi et fait avancer ses troupes sur un front de trois kilomètres qui s’étend de la mer au canal de Furnes. L’affrontement a lieu dans les dunes couvrant le secteur de la Tente-Verte à Leffrinckoucke et, au terme d’une bataille de quatre heures, les Espagnols sont défaits, malgré une brillante offensive de Condé. Leurs pertes s’établissent à 3 000 tués contre 500 côté franco-anglais. La ville résiste encore durant plusieurs jours et cesse le combat après le décès de son gouverneur. Le 25 juin 1658, Louis XIV visite le champ de bataille, fait son entrée solennelle à Dunkerque, assiste à un Te Deum et remet à regret la ville aux Anglais. Pour autant, il n’a pas dit son dernier mot en Flandre.
Patrick Oddone
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