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Jacques Collache, dernier maire de Rosendël

Photo : Durablus

1914 : naissance à Pertain (Somme)
1937 : il épouse Renée Machy
1944 : arrestation de Paul Machy en son domicile
1965 : élu maire de Rosendaël
1967 : conseiller général du canton de Dunkerque-Est
1969 : vice président de la communauté urbaine en charge de l’urbanisme
1972 : fusion de Dunkerque et de Rosendaël

 

Le 24 novembre 1976, disparaissait Jacques Collache qui fut le dernier maire de Rosendaël et le tout premier des vice-présidents à l’urbanisme de la communauté urbaine de Dunkerque. Dans la mémoire collective, il reste celui qui a écrit l’une des grandes pages contemporaines de sa commune pour l’avoir profondément transformée avant de l’associer à Dunkerque. L’Histoire retient aussi qu’il figura parmi ces pionniers dont la réflexion politique, en termes d’aménagement et de développement, embrassait une dimension d’agglomération et nourrissait les plus hautes ambitions pour ce vaste territoire littoral promis à une belle aventure humaine.

 

Collache-Machy

Jacques Collache est né le 11 octobre 1914 à Pertain, un village de la Somme où son père dirige une importante exploitation agricole. Après des études au lycée d’Amiens puis à la faculté de médecine et de pharmacie de Lille, il épouse le 23 mars 1937 sa petite cousine, elle-même pharmacienne, Renée Célestine, fille de Paul Machy, maire socialiste de Rosendaël depuis 1935. Cette union allait donner quelques années plus tard un cours décisif à son parcours politique. Le 4 août 1944, en soirée, au domicile des Collache, le destin de la famille bascule : Paul Machy est arrêté par la police allemande, transféré à Loos quelques jours plus tard puis déporté en Allemagne à la veille de la libération de Lille. Le maire de Rosendaël connaît alors le calvaire de la déportation avant de disparaître lors de l’évacuation du camp de Buchenwald.

Comme tous les habitants de l’agglomération, Jacques Collache et sa famille doivent quitter la zone littorale en septembre 1944. Il décide alors de reprendre l’exploitation d’une pharmacie à Eu (Seine-Maritime), en attendant que Dunkerque soit libérée, et ne rentre à Rosendaël qu’en janvier 1946.

 

Le parcours municipal

Adhérent de la S.F.I.O., Jacques Collache se situe dans une mouvance réformiste, favorable à la constitution d’une force de centre gauche au côté des catholiques sociaux. Dès son retour, il est sollicité pour rejoindre l’équipe municipale sortante dirigée par le Mouvement républicain populaire.

Conseiller municipal de 1947 à 1959, sous les majorats d’Hilaire Vanmairis et de Daniel Verrièle, des hommes qu’il tient en haute estime, il ne tarde pas à s’opposer à la politique du gaulliste Alphonse Bournonville, élu maire en cours de mandat. En 1959, il se présente, en seconde position, sur une « liste d’union pour la démocratie sociale » (M.R.P.- S.F.I.O.) qui est battue au second tour et n’obtient qu’un seul élu.

Jacques Collache va alors mettre à profit cette « traversée du désert » pour préparer les prochaines élections municipales. En 1965, il conduit au premier tour une liste socialiste qui fusionne au second avec celle conduite par les centristes. Cette stratégie le conduit au poste majoral. Durant la campagne, Jacques Collache s’est prononcé sans ambiguïté pour la fusion de Rosendaël avec Dunkerque.

 

Rosendaël régénéré

La commune souffre alors de nombreuses carences : la voirie est dans un état calamiteux, les équipements sociaux, culturels et sportifs sont pratiquement inexistants. Mais le plus préoccupant est la situation du logement car 385 familles vivent encore dans les baraquements des cités provisoires. Jacques Collache lance alors plusieurs programmes d’habitat collectif, bataillant pour obtenir les crédits de l’État destinés au financement du logement locatif H.L.M.

Plusieurs lotissements de maisons individuelles construits par des opérateurs privés et la société « Notre Cottage » voient également le jour sous son mandat. De plus, les équipements concourant au développement des services sociaux et de la vie collective tiennent une place prépondérante sur le plan de la transformation de la ville. Citons en particulier la création du parc du château Coquelle et la première Maison des Jeunes de l’agglomération.

 

Communauté et fusion

Proche d’Albert Denvers, député de la circonscription, Jacques Collache est son suppléant aux élections législatives de 1967 et 1968. En septembre 1967, il est élu conseiller général du canton de Dunkerque Est. Possédant désormais une envergure politique de premier plan au sein de l’agglomération, il devient, en janvier 1969, vice-président à l’urbanisme dans le premier conseil de la communauté urbaine. À ce poste clé, qu’il occupe jusqu’en mars 1971, il joue un rôle déterminant dans l’élaboration du Livre blanc, document préalable à la rédaction du Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme, s’appuyant notamment sur l’Agence d’urbanisme dont il est l’un des pères fondateurs.

Convaincu que l’agglomération doit disposer d’une ville centre étoffée, il milite pour un regroupement communal par fusions. Mais les discussions entre les deux collectivités restent soumises au rythme des échéances électorales et aux enjeux de pouvoir. Alors que la fusion de Malo-les-Bains et de Dunkerque s’opère rapidement, non sans soubresauts, pour prendre effet au 1er janvier 1970, celle de Rosendaël, envisagée au 1er janvier suivant, est reportée en raison de la proximité des élections municipales et de la candidature d’Albert Denvers à Dunkerque. Jacques Collache, contraint de se représenter devant le corps électoral, reconduit alors une liste socialo-centriste qui est réélue en totalité à l’issue d’une campagne agitée. La fusion de Rosendaël et de Dunkerque est finalement réalisée au 1er janvier 1972, date à laquelle Petite-Synthe rejoint également la ville centre. Quatorze Rosendaëliens font leur entrée au conseil municipal élargi de Dunkerque et Jacques Collache est élu 2e adjoint au maire. Quelques mois plus tard, son état de santé l’oblige à limiter ses activités publiques.

 

Patrick Oddone

Devant la pharmacie familiale de la place Voltaire en 1943 : Renée, pharmacienne, épouse de Jacques et ses deux enfants, Claude et Michel.
Le dernier conseil municipal de Rosendaël élu en mars 1971. À la gauche de Jacques Collache, René Vindard et Léon Seguin, adjoints.
Février 2001 : le nom de Jacques Collache est associé à celui de l’avenue principale de Rosendaël.

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