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Territoire

Histoire du territoire

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Il y a soixante ans, la Reconstruction

1944 : nomination de Théodore Leveau, urbaniste en chef
1946 : nomination de Jean Niermans, architecte en chef
1947 : présentation du Plan de reconstruction et d’Aménagement de Dunkerque
1949 : le 4 septembre, pose de la première pierre de la reconstruction de la ville
1958 : première rentrée scolaire au lycée Jean-Bart
1962 : le 29 juillet, inauguration de la nouvelle gare des voyageurs
1963 : première représentation au théâtre municipal

En mai 1945, quand s’ouvrent enfin les portes de la liberté, l’heure est au bilan urbain. Sur les 3 362 immeubles de la ville de Dunkerque existant avant le conflit, 1 524 sont totalement détruits, 805 fortement endommagés et 1 032 réparables. Les Dunkerquois s’installent donc dans un provisoire souvent très précaire, trouvant à se loger dans des caves, des immeubles endommagés voire des blockhaus mais aussi dans les communes de la périphérie puis rapidement dans des cités provisoires. Ils savent qu’ils doivent être patients et que leur sort reste lié à la solidarité nationale, à leur travail et à la reprise de la vie économique.

Les idées directrices

Photo : La place du Théâtre attend sa reconstruction (1954). Sur la droite, les bâtiments de l’ancien musée des beaux-arts.

Dès août 1944 un urbaniste en chef est désigné pour la reconstruction de la ville. C’est Théodore Leveau (1896-1971), architecte depuis 1927, l’une des figures de « l’urbanisme colonial » français qui a initié de grandes opérations d’urbanisme à l’étranger, notamment à Ankara. Ses idées directrices s’inspirent des travaux déjà menés par deux couples d’urbanistes et architectes désignés sous l’Occupation, Gaston Bardet et Fernand Fenzy (1941) puis Roger Puget et Jean Canaux (mai 1942), mais aussi de l’esprit des plans de l’entre-deux-guerres visant à unifier les six communes de l’agglomération. Pragmatique, il a conscience que la reconstruction de Dunkerque donne l’opportunité de la création d’une nouvelle unité territoriale et son plan d’aménagement vise en priorité à reconstituer une trame urbaine susceptible de permettre la réalisation du « plus grand Dunkerque ».

À cet effet, il dresse un nouveau tracé des grandes artères, en partie commandé par l’ancien car les tronçons existants de la plupart des grandes voies se raccordent aux centres urbains non détruits des communes périphériques. Il envisage également un large remaniement du tracé des voies dans la partie Nord de Dunkerque, secteur des destructions massives, et dans le voisinage du casino de Malo-les-Bains. Son souhait : « respecter l’aspect traditionnel de la ville auquel les habitants sont tellement attachés, sans compromettre la réalisation d’un programme d’inspiration moderne ». Parmi ses préoccupations figure aussi la préservation des monuments historiques, dont les vestiges sont encore importants, afin restituer l’esprit de la ville ancienne. Sa méthode conjugue ainsi les nécessités du présent et les exigences de l’Histoire.

Jean Niermans, architecte en chef

Les options urbanistiques sont donc déjà parfaitement définies quand Jean Niermans (1897-1989), est nommé architecte en chef chargé de coordonner l’ensemble des interventions des architectes retenus pour la reconstruction. Ce Premier grand prix de Rome, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, qui a traversé Dunkerque pour embarquer en 1940, ne partage pas les choix de son confrère Leveau auquel il reproche d’avoir manqué d’audace et de ne pas avoir saisi l’opportunité offerte par les destructions de repenser entièrement la ville. Il aurait préféré une reconstruction de la ville fondée sur un schéma radial partant de la place Jean-Bart, plutôt que sur une croisée des axes est-ouest et nord-ouest. Malgré cette opposition doctrinale, Niermans remplit pleinement sa mission : il crée une esthétique globale et un décor urbain, réalise le plan-masse d’ensemble issu des grandes lignes définies par Leveau et prépare les plans de remembrement d’îlots.

Contraintes et divergences

Photo : Le magnifique Hôtel des Postes (rue Poincaré), conçu par l’architecte David Bonpain et inauguré en 1912, ne survivra pas à la reconstruction.

Avant la destruction de la ville, la plupart des maisons étaient des habitations individuelles possédant un jardinet ou une courette, et les propriétaires sinistrés rassemblés en associations syndicales, en vertu de la loi du 16 juin 1948, multiplient les démarches pour retrouver leurs maisons d’autrefois. Le périmètre de reconstruction est subdivisé en îlots et les tractations portant sur les plans de remembrement qui ne respectent pas les anciennes parcelles sont souvent laborieuses mais finissent par déboucher sur des compromis. D’autre part, si le plan-masse de Leveau respecte la morphologie traditionnelle de la ville, sa volonté de créer un centre-ville aéré impose un déplacement d’une partie de la population d’avant guerre, souvent au détriment des locataires dépendant des politiques de logement du gouvernement. Les conceptions de Niermans, qui souhaite construire des îlots avec des cours collectives, reliés les uns aux autres par des voûtes de passage, font également l’objet de nombreuses oppositions. Enfin, l’esthétique des nouvelles constructions est critiquée par la plupart des habitants qui ont une vision traditionnelle de l’habitat et n’apprécient pas certaines options architecturales avant-gardistes.

15 ans… et plus pour reconstruire

La reconstruction commence en 1948 avec l’ouverture de deux importants chantiers d’État, l’un collectif dont les plans sont signés par Jean et Édouard Niermans, au sud du boulevard Sainte-Barbe, l’autre individuel sous la forme d’une cité-jardin, dans le quartier de la Victoire. Le 4 septembre 1949 est posée la première pierre de l’îlot n° 2 sur la partie nord de la place Jean-Bart. Suivent les îlots Carnot, les îlots rouges et le groupe Gustave Robelet, premiers logements H.L.M de l’après-guerre. Mais au 1er janvier 1954, seul le tiers des logements à reconstruire est terminé. La priorité étant donnée au relogement, les équipements communaux, à l’exception de l’hôtel de ville, sont achevés à la fin des années 1950. Professeurs et élèves continuent d’être abrités dans des baraquements jusqu’à la reconstruction des cinq groupes scolaires. Le lycée Jean-Bart ouvre ses portes à la rentrée de 1958. Pendant près de 15 ans, la reconstruction suit donc un rythme continu, ralenti seulement par les démarches administratives, les qu’en avril 1963 tandis que le musée des beaux-arts est inauguré 10 ans plus tard, soit deux décennies après les premières esquisses.

Patrick Oddone.

La place Jean-Bart en 1954 encore couverte des baraquements abritant des commerces. À droite, l’immeuble de la Banque de France en cours de construction.

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