
1646 : redoutes espagnoles
1672 : construction du fort Louis
1676 : construction du fort Saint-François (Vallière)
1889 : déclassés puis réutilisés par l’armée
1940 : détruits par l’aviation allemande
2007 : patrimoine de loisirs
Fort Louis, fort Libre ou fort Castelnau, fort Saint-François, fort Français ou fort Vallière, leur dénomination a varié au gré des époques et ils ont miraculeusement survécu à la marche du temps. Inscrits depuis des siècles dans le paysage de la Flandre maritime, ces éléments patrimoniaux témoignent aujourd’hui des enjeux stratégiques et des vicissitudes qui affectèrent notre territoire septentrional.
Sébastien le Prestre de Vauban vient d’achever la fortification de Dunkerque, française depuis 1662, quand éclate la guerre de Hollande (1672-1678). La défense de la place forte portuaire présente encore quelques faiblesses, notamment côté terre, le long du canal de Bergues, couloir d’invasion potentiel. L’ingénieur mobilise alors de nouveau « l’armée de la brouette » pour d’imposants travaux visant à ériger deux forts en lieu et place des anciennes redoutes espagnoles édifiées en 1657, bastions gazonnés qui n’avaient pas résisté aux forces de Turenne en juillet 1658. Dans le même temps, est réalisé un système d’inondations destiné à couvrir Dunkerque contre toute attaque en provenance de la Flandre intérieure.
En 1677, le fort Louis est opérationnel. Il se présente sous la forme d’un carré de 500 mètres de côté, bastionné aux angles et entouré de fossés. En avant des courtines reliant les bastions, sa défense est complétée par quatre demi-lunes formant des saillants vers la campagne. Il dispose de tous les équipements dont ce type d’ouvrage est habituellement doté : casernes, pavillon des officiers, magasins à poudre, au foin et au bois, des citernes, un souterrain voûté à l’épreuve des bombes ainsi qu’une chapelle et un logement pour l’aumônier. Quant au fort Saint-François, carré bastionné de 176 mètres de côté, il est moins imposant que son voisin. Une seule demi-lune assure sa protection pour parer une attaque venant de l’Ouest. En 1676, Vauban remanie profondément cette position fortifiée laissée par les Espagnols : il rehausse les casernes d’un étage, perce des poternes sur les courtines et aménage un abri dans chaque bastion, réalisant ainsi un équipement de tout premier ordre qui devient une dépendance de la place de Bergues.
Ces ouvrages sont confrontés à la plupart des tourments qui emportent la Flandre, terre d’invasion. En 1712, le fort Louis est occupé par les Anglais puis rasé deux ans plus tard en exécution des clauses du traité d’Utrecht (1713). Il est reconstruit en 1744 par l’ingénieur militaire Daniel Delafons puis réoccupé militairement en 1745 et amélioré en 1783 après le traité de Versailles. Le fort Saint-François, quant à lui, échappe au démantèlement de 1713 et devient, pour un temps, un lieu très prisé pour les réunions de la noblesse de la châtellenie de Bergues. Il est partiellement reconstruit en 1756 par l’ingénieur militaire Adam Jean Le Beuf. Le rôle stratégique joué par ces forts ne s’est pas émoussé, d’autant qu’ils peuvent se protéger par une inondation défensive. Ainsi, en 1793, le duc d’York, commandant les forces britanniques aux Pays-Bas, renonce-t-il à s’en emparer, reportant à Hondschoote l’affrontement avec l’armée du Nord du général Houchard. Puis, après les guerres de l’Empire, les deux forts accueillent des militaires détachés de l’Hôtel des Invalides et leurs familles. Enfin, durant le conflit franco-allemand de 1870-71, l’un servira de dépôt d’armes, l’autre de prison pour des Prussiens capturés à Bapaume.
Devenus obsolètes en raison des progrès de l’artillerie, les deux ouvrages sont déclassés en 1889 puis réutilisés par l’armée deux ans plus tard. A cette époque, ils changent aussi d’appellation. Le fort Louis prend le nom du marquis de Castelnau qui s’illustra au côté de Turenne lors de la bataille des Dunes et le fort Saint-François, appelé fort français à l’époque révolutionnaire, devient fort Vallière (sans s), en mémoire des deux gouverneurs de Bergues de la seconde moitié du XVIIIe siècle, ayant porté ce patronyme. Durant la Première Guerre mondiale, ils sont principalement occupés par les services de la marine qui y installent leurs bureaux de télégraphie sans fil (TSF). Lors de ce conflit, le fort Castelnau est bombardé à trois reprises tandis que le fort Vallière abrite, à partir de septembre 1917, une batterie de 75 DCA. En outre, les abris de ses bastions sont ouverts à la population civile qui vient s’y réfugier pour échapper aux bombardements aériens. En août 1925, ils sont affectés au service des transmissions radioélectriques de la marine, étant ainsi appelés à jouer un rôle important lors de la « drôle de guerre » et durant les combats de 1940. Anéantis par les stukas les 1er et 2 juin, ils demeurent les symboles d’une résistance héroïque qui permit de retarder l’avance allemande lors de l’opération Dynamo.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les ouvrages sont ruinés. Ils ont définitivement perdu tout intérêt militaire et, dans les premières années de la Cinquième République, sont remis à l’administration des Domaines aux fins d’aliénation. Le fort Castelnau est acquis en novembre 1961 par la ville de Coudekerque-Branche et devient un vaste jardin public, futur parc d’agglomération. Quant au fort Vallière, situé sur le territoire de la commune de Coudekerque-Village, il est acquis en octobre 1966 par la ville de Dunkerque qui, plus tard, aménagera ses glacis en promenade. Avec le bois des Forts, créé à l’initiative de la Communauté urbaine, et le golf public qui, par mimétisme, s’est inspiré de l’esprit de Vauban pour l’extension de son parcours, ils constituent aujourd’hui des pièces maîtresses de la coupure verte, vaste zone de détente et de loisirs offerte à la population de notre littoral.
Patrick Oddone
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