
1403 : une source est trouvée sur le site de l’actuelle Petite-Chapelle.
1660 : premier moulin à eau, rue des Vieux-Remparts
1693 : construction de la première citerne
1775 : découverte de la source de la Samaritaine
1892 : arrivée à Dunkerque de l’eau de Houlle
1903 : construction du premier château d’eau à Dunkerque
Quoi de plus banal que d’ouvrir un robinet, de prendre une douche, de laver son linge, de se désaltérer ? Il semble aujourd’hui tout à fait naturel de pouvoir disposer d’une eau de qualité en quantité suffisante mais sait-on que l’accès à ce confort est relativement récent ?
Car aussi curieux que cela puisse paraître, la région dunkerquoise connaît depuis ses origines une situation paradoxale : bordée par la mer du Nord et quadrillée par les canaux, elle a en effet toujours manqué d’eau douce et il fallut attendre la fin du XIXe siècle pour que les besoins de sa population puissent être réellement satisfaits, grâce à des apports extérieurs et par une formidable aventure industrielle.
Chacun sait que l’eau est source de vie et conditionne toute implantation humaine. En fait, seule l’existence d’un maigre cours d’eau, dénommé « La Panne », permit la naissance du hameau de Dunkerque érigé sur une dune, fournissant ainsi l’eau douce à ses premiers habitants. Plus tard, quelques puits de briques jaunes, profonds de six à dix mètres sont creusés au pied des dunes, comme en témoignent certains vestiges retrouvés dans quelques demeures fort anciennes de la rue du Maréchal-French (ex-rue des Pierres). Seul inconvénient : cette eau devient saumâtre lors des grandes marées et dangereuse par suite de fermentations microbiennes. D’autre part, au Moyen Âge, la couverture en chaume des habitations ne permet pas de recueillir l’eau de pluie et ce n’est qu’après l’incendie de la ville en 1588 que la municipalité incite les propriétaires, aide financière à l’appui, à se doter de toits en tuiles.
Dans ce contexte, la découverte de sources constitue un événement. Ainsi, en 1403, lors de travaux de restauration des remparts, des ouvriers mettent à jour une source d’eau potable ainsi qu’une statuette de la Vierge, immédiatement dénommée Notre-Dame de la Fontaine, future Notre-Dame des Dunes. Également, suite à la découverte d’une source au pied des dunes de l’Est, un moulin à eau (Waterhuys) est érigé en 1660 à l’angle de la rue des Minimes (rue Saint-Jean) et de la rue des Vieux-Remparts : par un réseau de canalisations en plomb, il fournit le précieux liquide aux brasseurs de la ville et, sous Louis XIV, aux troupes de la garnison. Enfin, en 1775, des recherches dans les dunes de l’Ouest, initiées par un distillateur hollandais, aboutissent à la découverte de la source abondante de la Samaritaine qui sera utilisée jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Pour satisfaire la consommation d’une population toujours croissante, la construction de citernes devint nécessaire. La première, d’une capacité de 380 000 litres fut aménagée en 1693, rue des Vieux-Quartiers (actuelle rue Poincaré), alimentée par l’eau de pluie recueillie par les toitures de l’église Saint-Eloi. D’autres suivront : dans les caves du Palais de Justice (place d’Armes), au couvent des Carmes (1780), dans le sous-sol du Marché aux Poissons (1789), du Théâtre (1842), de l’Hôtel de Ville (1857) etc. Mais leur capacité va rapidement se révéler insuffisante, face aux besoins, sans compter les années de sécheresse. Par ailleurs, la qualité de l’eau laisse à désirer et favorise la propagation des épidémies. D’autres solutions sont recherchées dont l’utilisation des eaux de qualité plus que douteuse du canal de Bourbourg, amenées en 1871 au réservoir Guilleminot.
1888 constitue une date charnière avec l’adoption du principe de transporter jusqu’à Dunkerque les eaux provenant de la source de Houlle située à huit kilomètres de Saint-Omer, au pied des collines de l’Artois. Ce projet ambitieux génère d’importants travaux dont la construction, sur la hauteur de Watten d’un réservoir de 61 000 hectolitres à la côte 74 m, donnant une dénivellation de 67 m sur un parcours de 33 km jusqu’à Dunkerque. La distribution de l’eau potable est alors concédée en 1890 à une Société anonyme des eaux de Dunkerque, fondée par l’ingénieur béthunois Louis Deguisne, et la première goutte arrive à Dunkerque le 20 avril 1892. Enfin, pour maintenir une pression constante et assurer la distribution aux étages des habitations, deux châteaux d’eau, premiers d’une longue série dans l’agglomération dunkerquoise, sont construits, place Calonne, respectivement en 1903 et 1912.
En 1921, l’augmentation de la demande nécessite la construction d’une nouvelle usine élévatrice à Moulle et, trois ans plus tard, l’adduction de l’eau potable de la ville de Dunkerque est reprise par la Société Lyonnaise de l’Eau et de l’Éclairage qui dessert également les communes voisines. En 1931, un château d’eau est construit à Malo-les-Bains. Si la Seconde Guerre mondiale porte un grave préjudice aux installations, les usines de Houlle et de Moulle sortent pratiquement intactes du conflit et la distribution est partout rétablie en 1946. Puis, l’explosion démographique que connaît le Dunkerquois conduit à un vaste programme de construction de réservoirs. En 1963, face à une baisse inquiétante du niveau de la nappe, à une faible pluviométrie et à des prélèvements croissants, les communes de l’agglomération se réunissent en syndicat intercommunal pour l’alimentation en eau de la région dunkerquoise. Dix ans plus tard, cette structure décide la création d’une usine de traitement d’eau de surface assurant un réapprovisionnement de la nappe à partir de la rivière La Houlle, affluent de l’Aa. Enfin en 1992, la Communauté urbaine lance, dans le cadre du contrat de concession conclu avec la Lyonnaise des Eaux, un ambitieux programme en matière d’assainissement, reposant sur la construction ou l’augmentation de capacité de traitement des stations d’épuration. Au sein de l’institution communautaire, c’est aujourd’hui le SMAERD (Syndicat mixte d’alimentation en eau de la Région de Dunkerque) qui contrôle la qualité de l’eau, la gestion des ressources étant confiée à la Lyonnaise des Eaux.
Patrick Oddone.
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