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Ces phares qui éclairent l’Histoire

1548 : deux fanaux signalent le chenal d’accès au port
1683 : un feu sur le Fort Risban
1825 : le Leughenaer devient phare
1837 : construction du phare de Gravelines
1843 : mise en service du phare du Risban
1939 : allumage du feu de Saint-Pol (jetée Ouest)

Un coup de chapeau aux marins. En novembre dernier, après un travail d’inventaire ayant identifié les phares qui présentent le plus grand intérêt patrimonial, le ministère de la Culture a décidé de classer quatorze de ces édifices remarquables au titre des monuments historiques. Quatorze sur les quelque cent cinquante phares maritimes que compte la France sur ses côtes et qui, en ce domaine, en fait l’une des nations les plus éclairées au monde.

Parmi les élus, neuf sont bretons, un autre est normand, un autre encore est corse et trois d’entre eux appartiennent au littoral de notre région Nord-Pas-de-Calais : le phare du Risban à Dunkerque, le phare de Calais et celui de la Conche au Touquet.

Cette mesure de protection se révèle particulièrement opportune, à l’heure où leur disparition semble programmée, au grand regret des marins, au profit des guidages satellites. Pourtant, si les phares pouvaient parler ils nous raconteraient combien, au fil des siècles, leur présence a évité nombre de drames et sauvé des milliers de vies. Car depuis que l’homme navigue sur la mer il n’a eu de cesse d’accroître sa sécurité et dut très vite établir une signalisation appropriée dont les premières applications apparurent dès l’Antiquité. Les phares ont une mémoire et sont autant de vestiges qui éclairent l’Histoire.

 

Fanaux et phares

Ainsi le fanal, encore appelé « tour à feu » était en usage dès les temps les plus reculés puisque sa présence est attestée en mer Égée dès le IXe siècle avant notre ère. Puis, la célèbre tour de l’île de Pharos, construite au début du IIIe siècle avant Jésus-Christ près d’Alexandrie donna son nom à toutes les constructions servant à cet usage. Plus proche de nous, un édifice de ce type, encore visible en 1644, fut érigé en l’an 40 à Boulogne-sur-Mer par Caius Caligula et avait son pendant à Douvres.

Tant il est vrai qu’en mer, le plus grand danger, c’est la terre, l’usage de feux allumés au sommet de tours se généralisa avec l’essor de la grande navigation maritime et, dès 1548, deux « vierboete » (tours à feu) étaient entretenues de part et d’autre du chenal de Dunkerque. À partir de 1645, on y brûla des chandelles à la place des joncs et roseaux. Puis, vers la fin du XVIIe siècle, l’un d’eux s’effondra et le fanal fut transporté, en 1683, sur le Fort Risban, imaginé par Vauban pour la défense du port et de la rade. Il y resta jusqu’à la destruction de cet ouvrage défensif en 1714, imposée par les dispositions du funeste traité d’Utrecht. En octobre 1819, un fanal fut allumé toutes les nuits au bout de l’estacade, mais ce signal, le seul entre les phares d’Ostende et de Calais, fut très vite reconnu insuffisant.

Enfin, en 1824, un feu lenticulaire fixe de soixante centimètres de diamètre fut installé sur la tour du Leughenaer, rehaussée d’un étage pour ce nouvel usage. Ce phare de troisième catégorie fonctionna du 1er février 1825 au 1er mai 1843, date de la mise en service du nouveau phare de première catégorie. Il fut rallumé le 1er janvier 1845 à la demande des marins locaux et sa lanterne, dotée d’un nouvel appareil optique en 1908, s’éteignit définitivement le 31 décembre 1963.

 

Le phare du Risban

En 1806, au crépuscule du Siècle des Lumières, le service des Phares et Balises était créé par Napoléon et, en 1825, était lancée la première campagne d’éclairage des côtes de France dont les phares de Gravelines, de Dunkerque et de Calais sont les héritiers. Le phare de Dunkerque ou du Risban, puisqu’il fut édifié sur le site de l’ancien fort, fait donc partie des tout premiers phares érigés selon le plan de signalisation maritime français conçu par le capitaine de Rossel et Augustin Fresnel.

Élevé à partir de 1838, ce phare le plus septentrional de France, situé au cœur de l’univers portuaire, est une construction en briques, cylindrique de 3,90 m de diamètre, qui culmine à soixante-trois mètres.C’est le plus haut de France dans sa catégorie. En 1885, il fait partie des premiers feux électrifiés au moyen d’une lampe à arc actionnée par des magnéto-génératrices. Avant son électrification, on utilisa successivement pour combustibles de l’huile végétale puis en 1875 de l’huile minérale. Les travaux entrepris en 1883 pour l’installation de l’éclairage et du bâtiment annexe pour les machines et le logement des conducteurs sont dus à l’ingénieur Lyriaud des Vergnes.

Sérieusement endommagé durant la Seconde Guerre mondiale, il bénéficia d’importants travaux de réparation programmés dès 1946. Automatisé depuis 1985, il a été restauré en 1992. D’une portée de 48 km, il émet deux éclats toutes les dix secondes.

 

Le feu de Saint-Pol

Construit en 1937-1938, sur les plans de l’architecte Gustave Umbdenstock, cet édifice est le seul « phare » Art déco de l’hexagone. Très sévèrement dégradé durant la Seconde Guerre mondiale après avoir été transformé par l’occupant en poste d’observation fortifié, il fut restauré à l’identique en 1954.

Automatisé en 1978, puis menacé de disparition pour être remplacé par une structure métallique, il est finalement classé monument historique en décembre 1999, grâce à l’intervention de association de défense du patrimoine « Myosotis ».

 

Le phare de Gravelines

Élevé en 1837-1838 après bien des débats relatifs à son utilité, le phare de Gravelines, implanté sur le front de mer du hameau de Petit-Fort-Philippe, a été allumé en 1843. D’une hauteur de 29 mètres, il avait une portée de 26 milles.  183 l’issue de sa restauration en 1932, il se para d’une spirale blanche et noire qui lui valut le surnom de « Black and White ».

Mutilé lors de la Seconde Guerre mondiale, il est restauré en 1949 et reste en activité jusqu’en 1985 puis devient propriété communale en 2004. Il vient d’être classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

Patrick Oddone

Le phare de Gravelines offre, de son sommet, une vue imprenable sur l’embouchure de l’Aa et la cité fortifiée par Vauban.
Le phare de Dunkerque, bâti sur les ruines du fort Risban, est le seul feu de premier ordre, avec celui de Calais, à être établi dans un port, non loin du centre-ville.

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