
Avant toute chose, je peins… je suis un peintureur comme on dit à Grand-Fort-Philippe » ou encore « Je crois être né peintre ; la peinture est ma respiration naturelle ». C’est avec ces mots d’homme libre, tenace et authentique, qu’Arthur Van Hecke dressait son autoportrait, celui d’un homme qui avait les pieds dans la terre et la tête dans le ciel, comme le disait des artistes flamands son ami, le poète Emmanuel Looten.
Né en 1924 dans un quartier pauvre de Roubaix, au sein d’une famille d’ouvriers du textile, rien ne le prédestine à une carrière d’artiste. Son enfance a pour seul horizon la cour Vanwelden, rue Dauberton, et un mur de briques de dix mètres de haut que son grand-père a peint en blanc. Faut-il y voir la première toile vierge qui communique à ce jeune homme la fibre artistique et le place sous la protection des fées de la peinture ? Comme la plupart de ses congénères issus du monde ouvrier, il interrompt sa scolarité à l’âge de douze ans et demi et entre de suite dans la vie active. Il est successivement tisserand, docker, peintre en bâtiment et même émailleur de roses sur cuisinière. En compagnie de l’un de ses oncles qui travaille dans une brasserie, il se rend régulièrement à Bruges où il découvre, juché sur une carriole de livraison, le fabuleux patrimoine de cette ville et les artistes qui transposent sur la toile ce fascinant univers urbain sillonné de canaux. C’est ainsi que se profile la voie qu’il ne tarde pas à emprunter. Le déclic vient aussi de la lecture de la revue ABC que reçoit son grand-père : il y dévore des yeux les reproductions des œuvres des peintres de l’école belge - Permeke, Ensor, Saverys, De Smet, Wouters - qu’il s’exerce à copier.
Après la libération de Lille, Arthur Van Hecke contracte un engagement dans l’armée française et participe aux combats du front oublié de la « poche » de Dunkerque. Quand la Flandre littorale est définitivement libérée du joug nazi, il exerce divers métiers et réalise ses premiers essais artistiques. En 1948, il s’attribue les conseils d’Henri Delvarre, conservateur du cimetière de Roubaix et personnage-clé de la vie culturelle de cette cité. Après avoir examiné ses premières productions, celui-ci l’encourage à suivre les cours du soir des Beaux-Arts. « J’en bavais des ronds de chapeau, mais j’étais heureux ! », commentera Arthur, avec reconnaissance. En 1949, après avoir découvert l’œuvre de Van Gogh en compagnie de son ami Eugène Leroy, il expose pour la première fois au Salon des Artistes Roubaisiens et obtient un prix. Survient alors une autre rencontre décisive. Alors à la recherche d’un emploi, il s’adresse au patron textile Jean Masurel qui lui confie la réparation de sa serre. Arthur Van Hecke en profite pour peindre, à l’aube, le parc de Mouvaux. Séduit par son talent, l’industriel lui fait rencontrer le grand collectionneur Roger Dutilleul, lui ouvre un compte chez un marchand de couleurs de Roubaix et lui loue un atelier rue de l’Espérance. Un nom prédestiné.
En mai 1952 souffle un vent de révolte provoqué par les propos intransigeants du président de la Société des artistes roubaisiens qui estime que « sous couvert de grands noms, l’art moderne permet à des farceurs de présenter des œuvres n’offrant aucune sincérité ». Arthur Van Hecke est alors de ceux qui mène la fronde et devient, parmi les dissidents, l’un des principaux protagonistes du Groupe de Roubaix, aux côtés de Jean Roulland, Eugène Dodeigne, Eugène Leroy, Paul Hémery, Jacky Dodin, Marc Ronet, tous accueillis pour une aventure collective à la galerie Dujardin à Roubaix. C’est en ce lieu réputé qu’il organise, en 1954, un Salon d’art moderne regroupant des oeuvres de Picasso, Matisse, Léger, Miro, Lanskoy, etc. Pour l’anecdote, Arthur Van Hecke dort dans ce local, qui ne fermait pas à clé, avec un revolver ! Dès lors, il expose à Roubaix, à Lille, à Paris. Ses toiles, à la fibre expressionniste, redonnent de la couleur à notre région et les critiques voient déjà en lui un chef de file.
En 1957, fasciné par le spectacle de la mer qu’il a découvert avec son ami Eugène Leroy, il s’installe à Petit-Fort-Philippe et commence à peindre des paysages marins. Il se lie également d’amitié avec des pêcheurs dont il fait de nombreux portraits. Il transportera ensuite son atelier à Dunkerque, place de la Petite-Chapelle (1959), à Grand-Fort-Philippe (1960), sur la digue de Malo-les-Bains (1964) puis à Hondschoote (1982). On lui doit la création en 1961, avec son ami Charles Gadenne, du Salon de Gravelines, rassemblement d’artistes célèbres ou en devenir et prélude au musée du Dessin et de l’Estampe originale (1981).
Son œuvre est prolifique, accordant toujours la prépondérance à la lumière et à la vérité intérieure des êtres : du paysage et de ses habitants, il tire la quintessence de son art. Il figure parmi les artistes qui ont travaillé à la rénovation des vitraux de l’église Saint-Éloi, réalisant les aquarelles des verrières du fond de l’abside. Il exécute en 1989 la grande composition Pour tous les Crucifiés du Monde, inspirée de la Passion du Christ, œuvre de compassion, puissante et synthétique. On ne compte plus les fresques, mosaïques ou peintures murales décorant les établissements scolaires ou les édifices publics. Dix ans après l’exposition qui lui fut consacrée par le musée d’Art moderne de Villeneuve d’Ascq, le musée des Beaux-Arts de Dunkerque présente, en 1998-99, une rétrospective de son œuvre sous forme d’un parcours thématique.
Arthur Van Hecke est décédé en janvier 2003 après s’être tout entier donné à son art et à ses amis. Le nouveau collège desGlacis (ex-Boileau) porte aujourd’hui son nom. En 2010, le musée de Gravelines a acquis l’une de ses oeuvres majeures, La Mort du Capitaine Simon (1969), grande composition toute de silence et de présence fraternelle qui cristallise ses sentiments humanistes et s’inscrit dans la tradition des expressionnistes flamands. Son regard, fait de douceur et de caractère, est toujours présent.
Patrick Oddone
Le Grand Dunkerque, une histoire en marche
Aux origines du port (12e - 18e siècle)
Aux origines du port (18e - 19e siècle)
Aux origines du port (19e - 20e siècle)
Le port du XXe siècle (1900 - 1945)
Le port du XXe siècle (1945 - 2000)
Mémoire du premier site balnéaire
Saint-Pol compagnon d'armes de Jean-Bart
Le fort de Petite-Synthe a cent ans
Le fort des Dunes : un site de mémoire
Nouvelle vie pour le Sandettié
Sémillante Duchesse Anne
In Memoriam Albert Denvers
Armistice 1918, la fin d’un cauchemar
La bataille des Dunes
Le carnaval, tradition séculaire
L’écluse du canal de Mardyck
L’église Saint-Jean-Baptiste de Bourbourg
Forts Louis et Vallière, sentinelles avancées
Guynemer, figure légendaire
Guilde, la mémoire batelière
La société Lesieur centenaire
Le Princess Elizabeth : un grand little ship
Tour de France : 24ème édition dunkerquoise
Vauban et la Flandre maritime
Les wateringues, institution séculaire
Il y a 150 ans naissait Rosendaël
Vingt ans de développement durable
Il y a 70 ans, l'opération Dynamo
Quand la terre parle
Jacques Collache, dernier maire de Rosendaël
Les Bains Dunkerquois
Ces phares qui éclairent l’Histoire
Le centre européen de loisirs et d'accueil
Arthur Van Hecke, une âme flamande
L’épopée malouine
Les beffrois, miroirs de l'histoire
Le Musée de l'identité portuaire
Saint-Martin, fête européenne de la lumière
Il y a 60 ans, la Reconstruction
Petite-Synthe, du village au quartier
Les cités des cheminots
Les jardins de la solidarité
Deux navires emblématiques
Petit-Fort-Philippe, station balnéaire
Eau douce, eau potable
Félix Coquelle, seigneur républicain
Les entrepôts commerciaux du port
Saint-Éloi, la fête corporative
Jean Bart, héros tutélaire de Dunkerque
Au temps de la pêche à Islande
Sauveteurs, héros de la mer
Le centre d'interprétation de l'œuvre d'Anthony Caro